Ils sont encore 44 sur 74 à voguer vers Pointe à Pitre en Guadeloupe pour terminer La Route du Rhum. Les 2 grands vainqueurs ont déjà posé le pied sur le ponton. Lionel Lemonchois sur son multicoque et Roland Jourdain en monocoque - 2 professionnels de la course au large. C’est un métier. Ils sont une trentaine à avoir le statut de sportif de haut niveau dans ce domaine - une discipline qui ne se résume pas pour autant à tenir la barre ou border la grand voile. La plupart d’entre eux croulent sous les responsabilités et passent leur temps à jongler entre le costume cravate, le ciré et les bottes. A terre, le marin d’aujourd’hui est un capitaine d’entreprise qui doit convaincre les banques et les sponsors, superviser la construction du bâteau et ensuite le faire avancer. Tout un programme que nous détaille Michel Desjoyeaux, déjà vainqueur du Vendée Globe, de la route du rhum, de la transat anglaise, à peu près toutes les courses au large en solitaire qui puissent exister (interview). La course en solitaire est un travail d’équipe, un groupe d’ingénieurs de préparateurs. Tous au service d’un seul homme pour ne rien laisser au hasard. Et c’est bien ce qui chagrine le navigateur Alain Gautier, notamment au niveau du travail des routeurs, des spécialistes en météo, qui indiquent au navigateur, par téléphone, la trajectoire à suivre. Cette assistance a tendance à rendre Alain Gautier nostalgique (interview). Tous sont d’accord en revanche pour consacrer de plus en plus de temps à la préparation physique. L’époque où le marin partait seul avec sa bouteille pour se donner du courage et traverser les océans, cette période est révolue. Les bâteaux sont de plus en plus exigeants. A bord, sur un course, un navigateur peut perdre entre 6 et 10 kilos. D’où l’importance d’une hygiène de vie impeccable. Tout est lié : l’alimentation et la gestion du sommeil vous rendent plus résistant. Thomas Coville est un des plus assidus dans ce domaine (interview). Des tranches d’une demie heure de sommeil - 3 ou 4 fois par 24 heures - c’est un minimum pour ne pas être sujets aux hallucinations. L’épuisement conduit parfois les marins à être convaincus qu’ils sont accompagnés à bord. Certains ont aperçu des pelleteuses en pleine mer, d’autres sont persuadés d’avoir pris le thé avec des grands-mères sur le pont. C’est pourtant ce genre de récit qui fascine. Le navigateur moderne a-t-il encore cette âme d’aventurier vagabond aux histoires abracadabrantesques ? Oui la compétition et la performance n’ont pas effacé l’esprit de liberté qui anime le marin. C’est Roland Jourdain qui en parle le mieux (interview). Enfin pour bien cerner le profil du professionnel de la course au large, il faut faire appel à l’esprit synthétique de Loïc Peyron (interview). Un dossier d'Olivier Poujade, en direct de Pointe à Pitre en Guadeloupe.

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