Vaccination dans une école au Texas en 1943
Vaccination dans une école au Texas en 1943 © John Vachon, Farm Security Administration / John Vachon, Farm Security Administration

Le mouvement de défiance à l’égard de la vaccination prend un nouveau tournant. La résistance des sceptiques et des opposants, qu’on entend saisonnièrement gronder, s’exprime désormais par une action en justice, qui s’adresse clairement à la ministre de la santé.

Cet été Marisol Touraine avait alerté sur les dangers de refuser la vaccination et promis sur ce sujet un grand débat public à l’automne. Cet engagement était largement motivé par le succès croissant d’une pétition lancée sur Internet par un cancérologue, leprofesseur Henri Joyeux . Ce chirurgien, également spécialiste de la nutrition, bien connu pour défendre les bienfaits du miel et les méfaits du pain blanc, fait justement à cause de cette pétition l’objet d’une procédure disciplinaire de la part du conseil de l’ordre.

Pétition cependant très populaire puisque depuis mai 2015, il a récolté près de 800.000 signatures. Et comme ses revendications ne sont pas entendues, voici qu’une « demande préalable » vient d’être envoyée à Marisol Touraine, qui sera suivie d’ici à deux mois d’une requête adressée au Conseil d’Etat. Il s'agit autrement dit une "action de groupe" qui rassemble actuellement près de 2500 personnes et portée par l’avocate Jacqueline Bergel-Hatchuel :

Ce que mes clients, qui m’ont mandatée, demandent c’est : « contraindre par tout moyen adéquat l’ensemble des laboratoires pharmaceutiques de mettre en nombre suffisant des vaccins seulement trivalents correspondant aux seuls vaccins obligatoires ». Et donc, le but est de se grouper, et ce sont des actions groupées qui permettent de bien avancer quand il y a carence des pouvoirs publics car il faut bien appeler les choses par leurs noms !

Demande préalable à requête conseil d'Etat
Demande préalable à requête conseil d'Etat © Radio France / Anne Brunel

Il s’agit donc bien d’obtenir de la ministre qu’elle fasse pression sur les laboratoires car ce sont bien eux qui sont dans le viseur du professeur Joyeux :

Il y a trois vaccins obligatoires avec lesquels je suis d’accord. Mais les labos, qui sont des gros malins, ont arrêté la fabrication de ce vaccin trivalent obligatoire - diphtérie, tétanos polio -, et ils ont ajouté trois vaccins contre certaines méningites et l’hépatite B. Ils veulent vacciner un petit de deux mois contre l’hépatite B et tout le reste. C’est totalement abusif et évidemment ça coûte sept fois plus cher, ça veut dire qu’on passe de 7€ à 49€.

A cette accusation, les laboratoires répondent bien sûr que ce n’est pas vrai. La raison n’est pas économique, parce qu’il faut énormément investir pour développer et fabriquer des vaccins, et ce n’est pas là qu’ils font leur marge.

Et puis, s’ils ont cessé de proposer le vaccin qui ne protégeait que contre trois maladies, pour vendre à la place d’autres produits qui en préviennent six, ce n’est en fait pas leur décision , mais ce que les autorités de santé publique leur demandent. Soizic Courcier, directrice médicale du laboratoire GSK-France, l'explique :

Docteur Soizic Courcier, directrice médicale de GSK-France
Docteur Soizic Courcier, directrice médicale de GSK-France © AB/RF / AB/RF

Au départ on avait le vaccin contre la diphtérie, le tétanos, la polio, puis sont arrivés ces nouveaux vaccins contre la coqueluche, l’hépatite B et l’hémophilus. Et pour répondre aux enjeux des calendriers vaccinaux et aux politiques de santé publique dans le monde entier, l’OMS et les Etats ont demandé aux industriels d’associer ces différents vaccins pour simplifier les calendriers vaccinaux et surtout avoir des vaccins qui soient faisables pour les nourrissons.

Et que dit la réglementation ? Là-dessus la polémique est clairement nourrie par l’illisibilité des règles justement ! Il y a bien trois vaccins obligatoires dans le code de la santé, mais il y en a six recommandés par Le Haut comité de santé publique ! Le professeur Daniel Floret , président duComité Technique de la Vaccination , reconnaît lui-même que c’est incompréhensible :

« Je pense que l’obligation vaccinale telle qu’elle est, n’est pas tenable. Les gens pensent que les vaccins non obligatoires sont moins importants que les vaccins obligatoires, ce qui, quand on regarde l’épidémiologie, n’est pas du tout vrai. Les gens n’y comprennent rien et c’est normal, ils ne peuvent pas comprendre

Face à l’action en justice initiée cette semaine, Marisol Touraine a donc deux solutions :

  • Soit le ministère s’organise pour obtenir des laboratoires la remise en vente d’un vaccin ancien auquel on a renoncé et qui de surcroît avait des effets indésirables : ça paraît fort peu probable.

  • Soit la politique d’obligation est entièrement revue. C’est une piste plus sérieusement envisagée par les autorités : une mission a été confiée à la députée de Seine Maritime Sandrine Hurel pour qu’elle propose les moyens d’une remise à plat de la politique vaccinale, et par ailleurs Marisol Touraine a également promis un grand débat public sur le sujet, pour l’automne. On attend donc qu’elle le lance véritablement afin que tous les avis s’expriment…
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