Ils ont 4 ans et demi pour la plus petite, et 7 ans pour les deux plus grands : Laurine* et Raphaël* ont perdu leur papa, Elliott* et Edgar*, leur maman, sur la Promenade des Anglais, dans l'attentat du 14 juillet 2016. Pour tenter de se reconstruire, ils ont suivi un stage, adapté, d'accompagnement thérapeutique.

Dessin d'enfant lors du projet Mimosa
Dessin d'enfant lors du projet Mimosa © Radio France / Corinne Audouin

Ce sont des enfants doublement victimes : ils étaient là sur la Promenade des Anglais, ils ont vu l'horreur et les cris. Et ils ont perdu un parent. Un an et demi après l'attentat, qui a fait 86 morts, l'Afvt, l'Association Française des Victimes du Terrorisme, a organisé pour eux, pendant les vacances de la Toussaint, 5 jours d'accompagnement thérapeutique, encadré par un psychologue. Reportage de Corinne Audouin. 

Les groupes de parole sont menés par le psychologue Dominique Szepielak et la professeure en psychopathologie Anne Andronikof.
Les groupes de parole sont menés par le psychologue Dominique Szepielak et la professeure en psychopathologie Anne Andronikof. © Radio France / Corinne Audouin

Comme plusieurs centaines d'enfants et d'adolescents, ces enfants sont également suivis par les psychologues et pédopsychiatres de l’hôpital Lenval de Nice. Les stages "Mimosa" viennent en complément des thérapies individuelles. Ce sont cinq jours de bienveillance et d'écoute, avec des moments de parole, des ateliers - cuisine, histoire de l'art, pour réapprendre le sens du beau - et des jeux.

Pendant 5 jours, les enfants alternent groupes de paroles, ateliers de cuisine, jeux et travail sur le regard avec une historienne de l'art
Pendant 5 jours, les enfants alternent groupes de paroles, ateliers de cuisine, jeux et travail sur le regard avec une historienne de l'art © Radio France / Corinne Audouin

L'objectif : aider ces enfants à retrouver un peu de la légèreté de leur enfance, et aider le parent survivant. Ces parents ont souvent du mal à montrer leur tristesse à leur enfant ; ce qui rend difficile, pour l'enfant, d'exprimer sa propre peine. Bruno a 37 ans, il élève seul Edgar* et Elliott*, depuis que Mino, sa femme, a été tuée dans l’attentat.

Je suis faible en moi, mais je ne leur montre pas que c'est difficile. Je me trouve un moment à moi, tout seul... mais devant eux, non. S'ils me parlent de leur maman, je leur parle au présent, je leur dis elle est là, vous la voyez pas, mais elle, elle vous voit, elle veille sur vous.

Pendant les 5 jours du stage, les enfants dessinent sur un coussin qu'ils emportent avec eux à la fin.
Pendant les 5 jours du stage, les enfants dessinent sur un coussin qu'ils emportent avec eux à la fin. © Radio France / Corinne Audouin
Dessin d'enfants lors du projet Mimosa
Dessin d'enfants lors du projet Mimosa © Radio France / Corinne Audouin

Le soir de l'attentat de Nice, plus de 30.000 personnes assistaient au traditionnel feu d'artifice de la fête nationale lorsqu'un camion conduit par un Tunisien installé en France a foncé dans la foule, faisant 86 morts. 3.000 enfants étaient présents sur la "Prom". 

Difficultés de concentration, troubles du sommeil, irruption répétitive d'images terribles : ce sont quelques-unes des séquelles observées chez les enfants victimes des attentats. Ce type de stage permet de lever des blocages. Ensuite, cela peut aller très vite, selon une des intervenantes, Anne Andronikof, professeure en psychopathologie :

Les enfants ne fonctionnent pas comme les adultes, ils ont une plasticité, non seulement cérébrale, mais aussi dans le rapport à la vie, qui est extraordinaire. Ils ont une capacité de compensation, d'expérimentation ouverte vers la vie.

Ces enfants sont tous pupilles de la nation, un statut qui leur garantit un accompagnement, jusqu’à leurs 21 ans, par l’Office national des anciens combattants et victimes de guerre.  Ce cercle d’aide et de soutien autour des enfants de Nice, c’est une façon de retisser le contrat social déchiré par le terrorisme.

*Les prénoms ont été changés.

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