Deux mois après les émeutes qui ont embrasé plusieurs villes anglaises, le ministère de l’Intérieur britannique organise cet après-midi une réunion en présence de policiers du monde entier (dont des Français) pour prévenir de nouvelles explosions de violence et renforcer la lutte contre les gangs ou autres bandes organisées. L’occasion de s’attarder un moment sur la réponse du gouvernement britannique à ces quatre nuits d’émeutes au début du mois d’août…

Franck Mathevon, correspondant de France Inter à Londres…

On s’en doutait après les premières comparutions : les autorités britanniques ont eu la main lourde…

Oui la police et la justice ont manifestement voulu faire des exemples. Il y a eu à ce jour plus de 3500 arrestations, avec détention provisoire dans la plupart des cas. Les prévenus sont le plus souvent condamnés à de la prison ferme. Et les peines sont en moyenne deux à trois fois supérieures à la normale. Les émeutes sont en fait un facteur aggravant…Quelques cas sont connus : six mois de prison par exemple pour le vol de six bouteilles d’eau, quatre ans pour avoir appelé à participé aux violences sur Facebook.

Précisons aussi que sur les quelque 2.000 personnes déjà passées devant un tribunal, une sur cinq a moins de 18 ans.

Des associations et des juristes protestent contre cette répression… Andrew Nielson par exemple, de la Ligue Howard pour la Réforme Pénale, juge les peines disproportionnées…

Interview Andrew Nielson

Il faut savoir que la police continue à diffuser des images des innombrables caméras de surveillance du pays et à arrêter des émeutiers. On entend parler chaque semaine de nouveaux raids dans certaines villes… Avec deux conséquences évidentes : l’engorgement des tribunaux, et l’augmentation de la population carcérale, deux sérieux problèmes au Royaume-Uni.

Et dans l’ensemble, les Britanniques sont plutôt favorables à cette fermeté ?

Plusieurs sondages ont montré qu’une majorité de Britanniques soutenait cette politique répressive. A Clapham, l’un des quartiers les plus touchés par les émeutes, dans le sud de Londres, vous entendez par exemple ce type de discours : Maureen vit ici depuis 30 ans…

Interview Maureen

Mais dans les zones les plus défavorisées, on est généralement plus critique… Exemple dans cette cité près de Battersea Park, toujours dans le sud de Londres. On trouve ici de grandes tours avec logements sociaux, comparables à certaines banlieues françaises. Ivey, 26 ans, mère de deux enfants, se dit « sidérée » par les peines infligées aux émeutiers…

Interview Ivey

Pourtant, la classe politique britannique ne donne jamais d’explication sociale aux émeutes…

Non, on considère ici que les émeutes ont été le fait de voyous, de criminels, qui ont profité de la situation… Personne n’évoque par exemple le chômage des jeunes qui a battu hier un record : un million de sans-emploi chez les moins de 24 ans.

Les responsables politiques, y compris travaillistes, s’en tiennent donc au discours de fermeté, qui conduit parfois certaines municipalités à exclure des familles d’émeutiers de leurs logements sociaux, une double peine en quelque sorte…

Pour Patrick Dunleavy, professeur de sciences politiques à la London School of Economics, c’est une erreur d’occulter ainsi le facteur social…

Interview Patrick Dunleavy

Les syndicats britanniques jugent ainsi la fermeté du gouvernement Cameron « inadaptée » aux circonstances. Ils lui demandent d’abandonner son plan d’austérité pour éviter d’aggraver la fracture sociale dont les émeutes auraient été une illustration…

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