L’annonce de deux plans sociaux chez Hop! et Nokia, ainsi que les difficultés rencontrées par la Brittany Ferries, passent mal en Bretagne où les élus promettent de monter le ton.

Manifestation des salariés de filiale Hop d'Air France à Morlaix le 8 juillet 2020
Manifestation des salariés de filiale Hop d'Air France à Morlaix le 8 juillet 2020 © AFP / Fred Tanneau

Le verbe haut, le maire de Morlaix, Jean-Paul Vermot, se fait le porte-voix d'une colère qui monte, car "oui, elle est en train de monter" assure l'élu, mobilisé d'abord naturellement en faveur des salariés de Hop!, filiale d'Air France, dont les ateliers de maintenance, sur sa commune, sont promis à la fermeture. Conséquence de la crise du coronavirus et des difficultés de la maison-mère, 276 emplois sont en passe d'être supprimés.  

L'annonce de ce plan social est venue en même temps que celui qui s'appliquera au site de Nokia à Lannion, et qui prévoit la suppression de 402 postes. Tout cela sans même évoquer la situation très compliquée de la Brittany Ferries, dont les traversées sont aujourd'hui compromises par le Brexit et la pandémie.

"Les Bonnets rouges ? Ça pourrait revenir" 

"Il y a déjà eu la fermeture des abattoirs de Gad en 2014 (près de 1000 salariés sur le carreau, ndlr), Tilly-Sabco, il y a deux ans. La région encaisse les chocs depuis des années, alors se sentir une nouvelle fois cerné par trois mauvaises nouvelles à 30 kilomètres à la ronde, ça fait beaucoup" déplore avec gravité le maire de Morlaix pour qui ce nouveau "coup rude" déstabilise la structure sociale du territoire. 

Il en appelle à l'Etat  pour qu'il pèse de tout son poids sur les dossiers en cours, afin d'éviter "une situation qui pourrait devenir explosive". Sur le marché de Roscoff, Hubert écoule son miel de sarrasin et se souvient des Bonnets rouges, temps où les Bretons avaient exprimer leur colère en démontant les portiques écotaxe, les uns après les autres. Le mouvement, selon lui, pourrait refaire son apparition, "sous une autre forme, mais ça pourrait revenir". Devant lui, des chiens aboient : "Vous voyez, même eux, sont d'accord avec moi".

Installé à Saint-Paul de Léon entre Roscoff et Morlaix, Sébastien fait partie des sacrifiés de Hop!. Pour ce mécano délégué syndical CGT qui a dû annoncer "les larmes aux yeux" à ses collègues que le site morlaisien aller devoir fermer, "il pourrait suffire d'une étincelle". Pour peu, selon lui, que la Brittany Ferries n’en arrive elle aussi à décréter un plan social : "Les paysans bretons sont actionnaires de l’entreprise et veillent au grain. Et quand, eux, sont en colère, ils ne font pas semblant". Sa femme, Anne, travaille à la Brittany et veut croire que la compagnie va s’en sortir. 

Sébastien GrandJean, délégué syndical CGT de Hop! (Roscoff, octobre 2020)
Sébastien GrandJean, délégué syndical CGT de Hop! (Roscoff, octobre 2020) © Radio France / Maxime Debs

Pour ce couple étroitement liés par les événements, le quotidien est rythmé par les questions des habitants du coin : "Est-ce que Hop! va réellement fermer… Est-ce que la Brittany va avoir des aides… Pas un jour ne passe sans que les gens nous tombent dessus", raconte un peu dépité, Sébastien. "Il y a une colère qui ne s’exprime pas encore vraiment mais qui se voit dans la réaction des gens. 

"Hop! et la Brittany sont les deux plus gros employeurs du bassin de Morlaix, j’ai peur que tout ça n’affaiblisse encore un peu plus le département où le taux de chômage est déjà plus élevé que la moyenne nationale, et que se soit très dur de s’en relever"

À la Brittany Ferries, on craint la suppression du chômage partiel

Sur le port de Roscoff silencieux et désert, Jean-Paul Corbel perd patience à compter les bateaux qui effectuent encore la traversée. Quatre sur douze, seulement sont ce jour-là en exploitation. 

Alors il s’agace quand on lui dit que la compagnie a au moins la "chance" de ne pas subir de plan social pour l’instant. Pour cet habitant de 56 ans aux faux-airs de Robert De Niro, le PSE (plan de sauvegarde de l’emploi) a déjà commencé: "Depuis mars, c’est 500 gars habituellement en CDD qui sont restés à quai. 500 gars qui sont les soldats inconnus de la Brittany Ferries. Où sont-ils ? Personne ne parlent d’eux". Et d’ajouter, sur le chômage partiel, devenu le quotidien de centaines de salariés depuis mars : 

"À un moment donné, l’État va bien arrêter de payer. Ce jour-là, si ça arrive, la réaction risque d’être très très vive"

Un bateau de la compagnie Britanny Ferries, dans le port de Roscoff (octobre 2020)
Un bateau de la compagnie Britanny Ferries, dans le port de Roscoff (octobre 2020) © Radio France / Maxime Debs

"La Brittany Ferries est une jolie maison qui draine beaucoup d’activités en Bretagne, mais pas que. C’est toute la côte atlantique qu’elle contribue à faire vivre. Et c’est certain qu’on trouvera du soutien et beaucoup d’adhésion si un mouvement devait s’enclencher". 

"Besoin d’un capitaine à la barre du bateau"

Vendredi, dans un communiqué, l’association des maires et présidents de collectivités du Finistère a apporté son soutien à la compagnie. Inquiets de "l’extrême gravité de la crise traversée par le groupe", les signataires alertent. Pour eux, seule "une aide financière significative de l’État, à l’instar de ce qui a été mis en place pour les secteurs aéronautique et ferroviaire" pourra la sortir de cette situation. 

Mi-septembre, le premier ministre a annoncé le déblocage d’une aide de 15 millions d’euros, saluée par les autorités locales mais jugée insuffisante, notamment par les syndicats. L’État est débordé. Ici, tout le monde le sait. Pour autant, le maire de Morlaix, Jean-Paul Vermot lance un cri d’alarme en direction de l’exécutif. Même s’il reconnaît qu’il fait déjà pas mal de choses actuellement, il lui en conjure de ne rien lâcher, de tout faire pour "tenter d’arracher des compromis chez Hop, chez Nokia, ou pour aider la Brittany, c’est possible ! La tempête est là. Il nous faut un vrai capitaine à la barre du bateau". 

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