Christian Chesnot rentre de Doha au Qatar, où il a assisté au lancement de la chaîne "Al-Jazira Enfants". Cette nouvelle télévision panarabe ludo-éducative destinée aux jeunes de 3 à 15 ans, est née à l'initiative de l'épouse de l'émir du Qatar, et réalisée en partenariat entre Al-Jazira et la société française Lagardère Images International. C'est une petite révolution médiatique dans le monde arabe parce que les enjeux sont énormes. De la Méditerranée au golfe arabo-persique, les besoins d'éducation de la jeunesse qui représente plus de la moitié de la population, sont pharaoniques. Le Maghreb et le Moyen-Orient arabe souffrent de l'illétrisme, de l'extrémisme religieux et d'un manque d'ouverture sur le monde extérieur. Un exemple : moins de 2% de la population arabe bénéficie d'un accès à l'Internet. Cette nouvelle chaîne a donc pour objectif d'éveiller les enfants, de développer leur identité, et plus généralement de leur ouvrir de nouveaux horizons autour d'une langue commune, l'ARABE, comme l'explique Mahmoud Bouneb, directeur exécutif d'Al-Jazira Enfants. Pour exister, Al-Jazira Enfants dispose de gros moyens financiers. Son budget annuel s'élève à 40 millions d'euros, soit trois fois celui d'une chaîne comme Canal J. Concrètement, on pourra trouver des jeux, des dessins animés, du sport, des débats, des magazines thématiques scientifiques et culturels. 40% des programmes seront réalisés au Qatar et les 60% restant seront produits à Paris ou achetés dans le monde entier. Les initiateurs de la chaine ont fait appel à des professionnels français comme Mac Lessgi qui anime et produit des émissions scientifiques sur M6 et qui sur Al-Jazira Enfants sera en charge d'un programme baptisé "L'oasis du savoir". Cette chaine, et c'est ce qui fait sont originalité, ne sera pas simplement réservée aux jeunes téléspectateurs du monde arabe, mais aussi à ceux qui habitent en France, en Europe et aux Etats-Unis. Al-Jazira Enfants est visible gratuitement en Occident grâce au satellite, et peut être regardé par les jeunes arabophones de France, d'où l'intérêt de Paris qui a un droit de regard sur les programmes. Pour la France, ce partenariat dans Al-Jazira Enfants, est aussi un bon moyen de développer son influence politique et ses intérêts commerciaux dans le Golfe. Dans le contexte actuel, ce projet est stratégique, le Qatar est en plein boom économique, l'émirat croule sous les pétro-dollars, étant donné le niveau du brut qui dépasse les 60 dollars le baril. Doha renouvelle ses infrastructures, un nouvel aéroport d'un milliard de dollars est en projet et sera capable d'accueillir l'A-380 d'Airbus. Bref, être bien introduit au palais de l'émir grâce à Al-Jazira Enfants, qui est le bébé de Sheikha Mozah, l'épouse de l'émir, c'est aussi un atout d'influence précieux pour décrocher de futurs contrats. Pour Al-Jazira aussi, l'heure est au développement tous azimuts. Plusieurs nouvelles chaînes sont dans les cartons et verront prochainement le jour. Al-Jazira est donc en pleine mutation, comme si elle voulait se débarasser de son image sulfureuse pour devenir un groupe de communication moderne s'adressant à tous les publics. Un dossier de Christian Chesnot, journaliste au service Etranger de France Inter.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.