À la veille du débat au parlement sur la destitution de la présidente Dilma Rousseff, sa situation divise profondément la société brésilienne. Accusée d'avoir manipulé les comptes publics pour favoriser sa réélection en 2014, sa position est plus que fragile.

La fracture se vérifie chaque jour au sein du parlement, à Brasilia. Dans le bâtiment emblématique de la capitale, connue pour ses tours jumelles et ses coupoles inversées, une trentaine de partis sont représentés et des élus de tous bords s’affrontent dans une ambiance tendue autour de la question Dilma Rousseff. Les plus ardents exigent le départ de la présidente, comme Antonio Imbassahy, l’un des dirigeants du parti de centre-droit PSDB.

Ce qu’il faut faire, c’est mettre fin à la crise qui empire, provoquée par une présidente qui a permis que le plus grand scandale de corruption de l’histoire du Brésil soit commis chez Petrobras. Son comportement qui perturbe la justice, qui cherche aussi à protéger l’ancien président de la République Luis Ignacio Lula da Silva, tout cela est inqualifiable. Et à cause de cela, on va écarter la présidente.

L’éventualité d’une destitution de Dilma Rousseff, qui a appelé à la rescousse l’ancien président Lula, lui-même soupçonné de corruption, se précise.Au cours des dernières 48 heures, trois partis viennent de quitter la coalition au pouvoir. Mauvais signe pour Valteno de Oliveira, journaliste à la télévision Bànj.

La présidente est presque abandonnée par les partis qui ont constitué sa base d’appui, divisée par un mur.Je n’ai jamais vu ça.

La corruption, un problème plus large que le cas présidentiel

Dilma Rousseff en conférence de presse le 16 mars tente de justifier la nomination de Lula dans son gouvernement
Dilma Rousseff en conférence de presse le 16 mars tente de justifier la nomination de Lula dans son gouvernement © MaxPPP

Le mur, c’est une longue barrière métallique que l’on aperçoit devant le parlement, destiné à séparer partisans et adversaires de Dilma Rousseff lors des manifestations attendues ces prochains jours. Aux abords du bâtiment, la tension monte déjà, et des rassemblements syndicaux ont eu lieu sous surveillance policière. Une tension palpable, alors que les soutiens de la présidente Dilma Roussef crient à la trahison et au coup d’Etat institutionnel.

Le parti des travailleurs voit l’étau se resserrer sur la dirigeante qu’il a porté au pouvoir. Le député Enio Verri, un des leaders de la formation créée par Lula, dénonce le processus de destitution, sans base légale selon lui. Il y voit une revanche de la grande bourgeoisie brésilienne.

Ils sont constamment en train de tenter des petits coups d’Etat pour faire tomber le gouvernement Dilma. C’est un gouvernement de centre gauche qui a rendu possible une large distribution de l’argent de l’Etat, des avancées sociales énormes, une ouverture vers l’université.Tout ce que l’élite de ce pays n’admet pas.

À l’université de Brasilia, Vinicius (34 ans) a voté Dilma Rousseff lors de la dernière présidentielle, "faute d’autre option". Pour ce psychologue, c’est un mauvais procès qui est fait à la dirigeante brésilienne, dans un contexte de corruption généralisée de la classe politique.

Dilma Rousseff assure qu’elle se battra jusqu’à la dernière minute de la seconde mi-temps , mais ses soutiens semblent se dérober les uns après les autres. L’opposition doit mobiliser les deux tiers des voix pour que la procédure soit transmise au Sénat, qui aura le dernier mot. Du coup, chacun compte ses troupes à l’approche du débat vendredi et du vote dimanche.Le compte à rebours est déclenché.

Reportage de Bertrand Gallicher avec Laurent Machetti à Brasilia.

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