La cour d’appel de Paris rendra demain son arrêt dans l’affaire qui oppose l’humoriste Dieudonné aux éditions Plon et à la journaliste Anne-Sophie Mercier pour le livre "La vérité sur Dieudonné". Dieudonné avait obtenu la suppression de certains passages. Plon a fait appel de cette décision. Se pose la question du risque encouru par les éditeurs et de leurs responsabilités. Tout se joue entre la liberté d’expression et la protection de chacun contre la diffamation, l’insulte, l’outrage, l’atteinte à la vie privée ou à la présomption d’innocence. Y a-t-il abus du côté des éditeurs ou du côté des plaignants ? On sait que le nombre de procès n'augmente pas autant que le nombre de publications mais enfin peut-on tout écrire et tout publier ? Tout d'abord, les enquêtes ou documents se distinguent des fictions. Pour les enquêtes, les éditeurs s'exposent à des attaques pour injures ou bien pour diffamation. Laurent Beccaria a fondé Les arènes. Plusieurs de ses livres ont été attaqués. Il y a eu le procès de 3 chefs d'état africains contre "Noir silence" de François-Xavier Vershave. Plusieurs procès contre le livre de Denis Robert, « Révélations », dont un encore en cours. Comme dit Laurent Beccaria, le sérieux des enquêtes finit toujours par payer (interview). Il y a les frileux donc mais aussi, selon Maître Pierrat, avocat spécialiste en la matière, des éditeurs qui poussent le bouchon pour faire vendre (interview). Dans plusieurs cas, les éditeurs sont allés jusque devant la Cour Européenne des Droits de l'Homme. Elle a fini par faire pencher la balance dans le sens de la liberté pour la presse et l'édition. C'est le cas notamment du « Grand secret » du docteur Gubler, interdit à la vente. La cour européeenne des droits de l’homme a finalement donné tort à la France. Par ailleurs, la Cour Européenne des Droits de l'Homme jugera bientôt un roman français pour la première fois : "Le procès de Jean-Marie Le Pen" de Mathieu Lindon. En France, l’éditeur P.O.L. a été condamné pour diffamation à Jean-Marie Le Pen. Autre exemple en 2002, avec l'affaire « Rose bonbon », un roman sur la pédophilie de Nicolas Jones-Gorlin. Là c'est la loi de 49 sur la protection de la jeunesse qui joue. L'interdiction a été évitée de justesse. Le livre a dû se revêtir d’une couverture opaque - ce qui le rend presque introuvable. Qui penserait à faire interdire Sade ou Bataille ? L’Observatoire de la liberté d'expression dans la création demande un dépoussiérage de la loi sur la protection de la jeunesse, complètement obsolète, offrant trop de libre-arbitre aux juges, mais aussi du code pénal, comme l'explique Maître Agnès Tricoire (interview). Il arrive plus prosaïquement que l'argent soit le moteur d'une action en justice. Exemple avec le roman « Dolmen », connu aussi comme série télé. Quelqu’un porte le même nom que l’un des personnages et considère subir un préjudice. Pour Pierre Féry, des éditions Michel Lafon, pas question de céder (interview). Il ne s’agit surtout pas de faire interdire un roman, mais plutôt d'avoir une part de gâteau. C'est sûrement aussi un nouveau marché sans doute pour les avocats. Un dossier de Christine Siméone, journaliste au service culture de France Inter.

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