Nicolas Sarkozy annoncera ce matin les priorités du Grand Emprunt, que l'Etat pourrait financer à hauteur de 35 milliards d'euros. Ces milliards, il va falloir les emprunter alors que la dette publique dépasse déjà 1 400 milliards d’euros. Un emprunt de l'Etat est une sorte de vente aux enchères à laquelle les médias ne sont jamais conviés. L'expérience est rare et surprenante, c'était lundi dernier. L'Etat a emprunté 10 milliards d'euros comme ça en une seule fois et en quelques minutes à peine ! Tout se passe lors d'une séance d'adjudication à l'Agence France Trésor qui gère en quelque sorte le compte courant de la France. Donc tout se passe dans une petite salle tout à fait banale au ministère de l'économie. Un fonctionnaire de Bercy est derrière son écran d'ordinateur, pendu au téléphone. 18 banques triées sur le volet ont une vingtaine de minutes pour proposer des millions et même des milliards à l'Etat - et ça marche plutôt bien (interview). Adjugé donc mais toutes les banques ne seront pas servis puisqu'elles ont proposé 23 milliards et que l'Etat ne voulait emprunter que 10 milliards (soit un ratio de 2,3). Ce sont en fait les banques les moins chères, avec le taux d'intérêt le plus bas, qui ont gagné les enchères. Pour le directeur de l'Agence France Trésor, la diversité des banques (les opérateurs de marchés viennent du monde entier) et des investisseurs - 1 tiers de Français et 2 tiers d'étrangers - cette diversité, est gage de sécurité pour la France. Philippe Mills (interview). Alors ces papiers, ce sont des bons du trésor, les fameux 10 milliards d'euros que les banques ont prêté à la France. Des bons du Trésor que l'Etat émet en échange de cet emprunt et qu'il émet sur le court terme. Et ça, ça marche très bien puisque, on l'a entendu avec un ratio, une différence de 10 à 23 milliards d'euros. C'est ce que confirme d'ailleurs Benoît Velé, qui travaille pour le groupe financier américain Citigroup. C'est lui qui achète et place la dette de la France, mais il relativise un peu cette bonne santé du Trésor public (interview). Pour l'instant donc, et c'est bien de là que vient l'inquiétude : jusqu'où l'Etat peut-il aller ? C'est trés facile, peut-être trop facile d'emprunter aujourd'hui. Hors micro, certains banquiers - qui achètent la dette - s'inquiètent en effet des proportions qu'elle prend et ils sont très critiques à propos du Grand Emprunt. L'économiste Philippe Dessertine le défend au contraire (il a fait partie de la commission qui a planché dessus) mais il ne cache pas pour autant ses inquiétudes (interview). Et ce que décrit Philippe Dessertine a bel et bien commencé en Irlande notamment où les salaires des fonctionnaires vont baisser de 5 à 15%. Le budget des prestations sociales, lui, va perdre 760 millions d'euros ! _____Un reportage de Bruce de Galzain.

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