Beauvais, Forbach, Albi, Vierzon... des villes de quelques dizaines de milliers d'habitants en perte de vitesse. Le gouvernement présente cette semaine un plan de revitalisation de ces communes. Le but : faire revenir les habitants et les commerces dans les centres-villes. Reportage à Châtellerault dans la Vienne.

Dans les 850 mètres de la rue Bourbon, près d'un commerce sur trois est fermé
Dans les 850 mètres de la rue Bourbon, près d'un commerce sur trois est fermé © Radio France / Thibault Lefèvre

"Une  ville morte" : des élèves du collège Henri Descartes aux vieux propriétaires qui n'arrivent pas à louer leurs boutiques, l'expression revient régulièrement dans la bouche des Châtelleraudais. Ali Ramdane a 27 ans. Il a décidé avec son cousin Ali dit "chicos cassés" de rire de sa ville. Les deux hommes tournent des vidéos puis les publient sur les réseaux sociaux, une façon de dénoncer l'abandon de Châtellerault par les pouvoirs publics.   

Un peu plus de 20% des locaux commerciaux sont laissés à l’abandon. Les raisons sont multiples : le développement des commerces à la périphérie de la ville, la crise économique mais aussi le prix du foncier. Beaucoup de propriétaires de boutiques refusent notamment de baisser le prix des loyers alors que la demande est quasiment nulle. Josiane gère une agence immobilière depuis plus de trente ans. Dans son placard à clefs, une vingtaine de trousseaux ouvrent des locaux vides du centre-ville. Aucun ne trouve preneur. 

Josiane Cuenca, responsable d'une agence immobilière, devant son armoire à clefs. Aucun local commercial ne trouve preneur
Josiane Cuenca, responsable d'une agence immobilière, devant son armoire à clefs. Aucun local commercial ne trouve preneur © Radio France / Thibault Lefèvre

"Ça, c'est un petit local de 30 m2 , qui est vide depuis deux ans maintenant. Ça c'est pareil, c'est un local qui fait 70 m2. Le propriétaire attend que quelqu'un se présente. Le loyer, il fera avec", explique la professionnelle de l'immobilier.

Tout est vide. Il y a eu l'époque où on a loué tous ces magasins, on a vendu tous ces immeubles à des prix assez énormes. La crise étant arrivée là-dessus, les magasins ont fermé les uns après les autres, les immeubles sont un petit peu à l'abandon.

"On est peut-être trop près des centres commerciaux. Après, il y a un phénomène à Châtellerault, c'est que le foncier est beaucoup trop cher."

Illustration avec une cliente de Josiane, Monique. Il y a un peu moins de dix ans, elle a investi dans une boutique. Depuis, elle a été obligée de baisser trois fois le loyer (de 778 euros à 350 euros) au risque de perdre son locataire.

Un peu plus de 200 commerçants travaillent dans le centre-ville de Châtellerault : des restaurants, une pharmacie et beaucoup de magasins de vêtements et de chaussures. Certains se sont même installés très récemment, comme Samir. Cet artisan propose des meubles fabriqués à base de matériaux recyclés.

Samir dans sa boutique à Châtellerault
Samir dans sa boutique à Châtellerault © Radio France / Thibault Lefèvre

J'ai ouvert ma boutique au mois de juillet. Ça ne marche pas. C'est pas très joyeux. Aujourd'hui je vis même pas avec le quart d'un smic.

Samir explique : "On a besoin de monde et il y a du monde à Châtellerault. Il faut faire en sorte qu'on les ramène vers le centre-ville."

Les pouvoirs publics mobilisés 

Les raisons de la crise sont identifiées : des loyers trop chers, des commerces qui se développent à la périphérie de la ville mais aussi une configuration de la zone commerciale inadaptée. Depuis trois ans, les pouvoirs publics travaillent à un plan de redynamisation du centre-ville. Un investissement d'environ 5 millions d'euros, avec des objectifs présentés fin novembre à une centaine de commerçants. 

Une centaine de commerçants réunis en mairie de Châtellerault
Une centaine de commerçants réunis en mairie de Châtellerault © Radio France / Thibault Lefèvre

La convention "Centre-ville de demain" signée avec la Caisse de dépôts et des consignations propose de reconfigurer le centre-ville autour d'une zone carrée d'environ 400 mètres de côté, en créant un "linéaire commercial".

Aujourd'hui, les commerces ne sont pas assez concentrés, notamment sur la principale rue piétonne, la rue Bourbon, qui s'étend sur près d'un kilomètre. La mairie va favoriser le développement de boutiques dans cet espace en empêchant la transformation de locaux commerciaux en habitations. En revanche, hors de la zone, il sera impossible d'ouvrir des commerces.

Le plan a été présenté par la première adjointe à la mairie, Maryse Lavrard : "On va acheter le foncier, on va le réaménager et on va le mettre à disposition avec des loyers basiques auprès de porteurs de projets ce qui va peut-être faire réfléchir les autres parce que forcément, ils vont avoir beaucoup plus de mal à louer."

Il faut que notre cœur de ville retrouve un parcours marchand identifié. Il n'y a plus aucune ouverture de commerce dans les zones périphériques. Une boulangerie sur un rond-point, c'est terminé.

Maryse Lavrard attend beaucoup du plan de revitalisation proposé cette semaine par le gouvernement. Elle espère un investissement d'environ 10 millions d'euros sur cinq ans, qui permettrait de mettre en place une vaste opération de communication et de vendre la destination "Châtellerault". La première adjointe imagine des affiches dans le métro parisien pour que "Châtellerault ne soit plus considérée comme une ville sinistrée." 

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