La mort de Doudou Faye, apprenti footballeur de 14 ans, a bouleversé le Sénégal en novembre. Le jeune homme tentait de regarder l'Europe vers Barcelone. Pour les jeunes, rejoindre cette grande ville du foot est un objectif... quitte à en mourir.

De jeunes joueurs à Dakar
De jeunes joueurs à Dakar © Radio France / Guillaume Battin

A Dakar, tout le monde connait l’expression Barça wala Barsakh (en wolof). Elle illustre le désespoir de la jeunesse. Aller vivre une vie européenne de rêve à Barcelone, l’une des grandes villes du football, ou mourir. Les sénégalais sont tristement habitués aux drames de l’immigration. Les histoires macabres de jeunes africains morts en tentant de regagner l’Europe ne manquent pas. Mais la mort de Doudou Faye, ce jeune apprenti footballeur âgé de 14 ans a bouleversé tout un pays fin novembre.

Doudou est doué. Le centre de formation Portudal situé à Saly (80 kilomètres au sud de Dakar) remarque son toucher de ballon. Comme ses camarades, il rêve de jouer dans un grand club d’Europe, au Réal Madrid ou au Paris Saint-Germain. Suivre les pas de Sadio Mané (Liverpool) ou Idrisa Gueye (PSG). Faire fortune, comme eux. Poussé par son père, il embarque dans une pirogue. Contacté par un correspondant italien qui promet un bel avenir à Doudou, le père de l’enfant Mamadou Lamine Faye règle la somme de 250 000 francs CFA (380 euros) pour payer le passeur. Le bateau surchargé prend le large, direction les Iles Canaries (Espagne). Mais après six jours de mer, le corps de Doudou est par-dessus bord. Le jeune garçon est mort de fatigue, de soif et de faim. 

Jugé pour homicide involontaire et complicité de trafic de migrants, le père de Doudou a été condamné le 8 décembre par le tribunal de grande instance de Mbour à deux ans de prison dont un mois ferme. Mais le pays s’interroge. Comment éviter qu'un tel drame se reproduise ? 

Diambars, les guerriers

A quelques centaines de mètres de la plage où Doudou a embarqué, les éducateurs de l’institut Diambars font passer 4 à 5000 tests par an à des jeunes footballeurs qui viennent des quatre coins du Sénégal. "Si 1 ou 2 jeunes deviennent professionnels, c’est une très bonne année, précise Pape Birane Diagne, arrivé à 13 ans au centre et aujourd’hui directeur. Même si tu es très bon au football mais pas en classe, tu ne peux pas rester à Diambars". C’est l’esprit de cette école du football fondée au début des années 2000 par trois anciens du championnat de France : Bernard Lama, Jimmy Adjovi-Boco et Patrick Vieira. 

Dans le centre-ville de Dakar, ce centre de formation est en partenariat avec l'OL
Dans le centre-ville de Dakar, ce centre de formation est en partenariat avec l'OL © Radio France / Guillaume Battin

Le Dakar Sacré Coeur

En plein centre-ville de Dakar, un autre centre de formation respecté forme l’élite du football sénégalais. Sur la moitié de son logo, il y a celui de l’Olympique Lyonnais, le partenaire français qui prend à l’essai un à deux joueurs par an. Ici aussi, les résultats scolaires des enfants sont aussi importants que les capacités sportives. Le sport-étude peut durer sept ou huit ans. Les professionnels sont accompagnés mais "certains quittent brutalement le centre sans donner de nouvelles" confie son président Mathieu Chupin. Ces jeunes subissent la pression des parents, de la famille, parfois de tout un village.  

La crise du Covid-19 a provoqué la crise du tourisme au Sénégal. Selon les autorités espagnoles, près de 17.000 africains sont arrivées aux Canaries (Espagne) depuis le début de l’année. Un chiffre six fois plus important qu’en 2019. Parmi les jeunes sénégalais qui rêvent d’Europe, des milliers de jeunes footballeurs parfois prêts à prendre tous les risques pour devenir les nouveaux Sadio Mané (Liverpool) ou Idrissa Gueye (Paris Saint-Germain). 

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