Un reportage de Nasser Madji, envoyé spécial à Alger, en Algérie Après la Tunisie et l’Egypte, c’est maintenant l’Algérie qui espère aujourd’hui plus de démocratie. Samedi, des milliers de personnes ont manifesté dans tout le pays à l’appel de la coordination nationale pour le changement et la démocratie, la CNCD. Ils étaient au moins 2000 à Alger place du 1er mai, une manifestation dûrement réprimée : des centaines de personnes ont été arrêtées et hier, la CNCD a lancé un appel à une nouvelle manifestation samedi prochain. Selon le ministère de l’Intérieur, tous les manifestants ont été relâchés. C’est ce qu’a annoncé le ministre de l’Intérieur à TSA , le premier journal en ligne algérien. Ces interpellations n’avaient qu’un but, c’était casser le mouvement. Des députés ont été arrêtés, des journalistes et puis des militants, de simples citoyens, beaucoup de femmes aussi. Le pouvoir craint énormément la contagion dans la société algérienne. Mais beaucoup avaient malgré tout décidé de braver l’interdit. Cette manifestation n’était pas autorisée. Marie -c’est un pseudonyme- était là. C’est une avocate venue seule : ses amies n’ont pas voulu l’accompagner de peur d’être aussi victime de violence. Témoignage de Marie Sur cette place du 1er mai Nasser, beaucoup de jeunes. Ils sont les premières victimes du système qu’ils dénoncent : le chômage, une bureaucratie kafkaienne, la corruption, le blocage de la société. Ecoutez ces témoignages : ils s’appellent Islem, Mounir, Youssef, une vingtaine d’années, diplômés, et aucune vision du futur. Témoignages de jeunes algériens Des jeunes morts, en Algérie, on appelle ça la "MalVie", et les suicides, les immolations des jeunes et moins jeunes sont nombreux dans le pays. Et il y en a de plus en plus. La seule réponse des autorités à ce désespoir, c’est ce qui s’est passé samedi, regrette Atmane Tadjenant, éditeur à Alger. Témoigange d'Atmane Tadjenant Pourtant l’Algérie est un pays riche. Il y a le pétrole, évidemment, le gaz... Les réserves de change, en Algérie, c’est au moins 150 milliards de dollars, une espèce de cagnotte qui appuie à l’étranger votre solvabilité, votre crédibilité : 150 milliards, c’est plus que la France, par exemple. Le Président Bouteflika, qui est plutôt apprécié dans la population, a lancé de grands chantiers. Il y a eu de gros efforts en terme de logements ou d’infrastructures routières, mais c’est nettement insuffisant pour les Algériens, même si beaucoup hésitent encore à sortir dans la rue. Il y a la répression, bien sûr, mais aussi le souvenir des années de guerre civile, encore très présent dans les esprits. Imène, architecte, et son amie, par exemple, n’avaient pas le cœur à ça. Témoignage d'Imène L’Algérie est à un tournant : suivre les exemples tunisiens et égyptiens et sortir de ce carcan, ou demeurer dans ce statu quo étouffant, en attendant des jours meilleurs.

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