Elles sont jeunes, parfois juste majeures, et partout dans le monde, elles bousculent le jeu. Au Sénégal, Sylvie Diack, 21 ans, se bat pour l’accès des jeunes filles à l’université. Dans le pays, moins de 1 étudiant sur 3 est une femme, d’après l’Unesco.

Sylvie Diack : "Je n’arrive pas à comprendre pourquoi les familles sont nombreuses à encourager leurs filles à se marier, quitte à arrêter les études plus tôt que les hommes."
Sylvie Diack : "Je n’arrive pas à comprendre pourquoi les familles sont nombreuses à encourager leurs filles à se marier, quitte à arrêter les études plus tôt que les hommes." © Radio France / William de Lesseux

Encourager la poursuite des études après le bac... et éviter à tout prix les mariages précoces. C’est le combat de Sylvie Diack, dans l’université de Dakar, la capitale, où elle poursuit sa licence de droit. Pour parvenir à convaincre les jeunes filles de franchir les portes des facultés sénégalaises, la Dakaroise de 21 ans est sur tous les fronts. 

Tout est parti d’un constat : il n’y a pas assez de femmes qui veulent rester sur les bancs après le lycée.

Je n’arrive pas à comprendre pourquoi les familles sont nombreuses à encourager leurs filles à se marier, quitte à arrêter les études, plus tôt que les hommes. Cela crée une situation de dépendance pour elles, une dépendance financière qui peut les dissuader d’être libres face à leur mari.

Un constat confirmé par les chiffres de l’Unesco. En 2017, pour plus de 30 000 étudiants diplômés, moins de 10 000 sont des femmes. Cet écart traverse tout le système scolaire, mais il est le plus fort à l’université, d'après l’édition 2019 du rapport mondial de suivi sur l’éducation de l’agence des Nations unies.

Des groupes de paroles, des clubs pour quels résultats ? “Il y a eu beaucoup de lycéennes qui ont décidé de rejoindre l’université grâce à nous, assure la jeune femme. Il y a du positif, mais il faut continuer.” Sylvie Diack va également à la rencontre des familles comme des quartiers, en animant régulièrement une émission de radio, Parole aux jeunes, tournée le plus souvent en public.

“Petite sorcière”

Ces clubs et ces émissions trouvent racine en Casamance, dans le sud du pays. C’est à Kolda, un village rural où elle a grandi, que Sylvie Diack a fait ses premières armes. Elle a connu des déscolarisées de la première heure. Parfois des camarades très proches : "Un jour, une de mes amies a cessé de venir en cours. Je me suis demandé si elle n’était pas malade. Et puis non, sa mère m’a dit qu’ils l’avaient envoyée au village pour se marier. Elle avait 13 ans, on avait le même âge. Cette histoire m’a beaucoup choquée. Ça a été le déclic, je me suis dit : il faut que ça s’arrête !” raconte la militante, émue. Ce jour là, elle n’a malheureusement rien pu faire.

Sylvie Diack décide alors de parcourir la région. Il faut sensibiliser, aller à la rencontre des habitants, qui l’accueillent parfois froidement. Elle n’hésite pas à dénoncer certains mariages forcés ou tentatives d’excision, jusque dans sa propre famille. Mais bousculer les traditions au Sénégal reste mal perçu : "Ma grand-mère m’appelait la petite sorcière”, s’amuse la jeune fille. Grâce à ses actions, Sylvie Diack a pu empêcher de nombreuses unions contraintes et certaines déscolarisations.

Aujourd’hui, l’étudiante souhaite une plus large diffusion du concept des clubs de jeunes filles dans le pays. “Pourquoi pas avec un soutien de l’État ?” s’interroge-t-elle. Elle est en tout cas très consultée par de nouvelles militantes qui souhaitent fonder leur propre club.

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