C'est une petite musique que l'on peut entendre au Mali : et si les Russes venaient aider à résoudre les problèmes du pays ? L'idée est avancée par certains comme un spectre réalisable, avec cet argument que les Russes ont une armée forte qui a fait ses preuves dans d'autres pays comme la Centrafrique.

Le nouveau Président du Mali, Assimi Goîta lors de son investiture à Bamako
Le nouveau Président du Mali, Assimi Goîta lors de son investiture à Bamako © Radio France / Nathanael Charbonnier

Et si on donnait sa chance à la Russie de Poutine? Cette petite rengaine sonne ici et là au Mali. Il faut dire qu’après huit années de présence française dans le pays, notamment avec la force Serval, puis Barkhane et ses 5.100 militaires, les résultats ne sont pas forcément au rendez-vous, notamment du point de vue sécuritaire. S’ajoute à cela le contexte politique et les deux coups d’état successifs que vient de vivre le pays.  

Conséquence : certains aimeraient que la France laisse la place à d’autres. C'est ainsi qu'on peut les voir, certains jeudis, devant l’ambassade de Russie à Bamako. Ils se rassemblent là pour demander que le Président Russe s'implique dans la guerre contre les terroristes en souvenir du temps de la décolonisation quand le pays s’était rapproché de l’ex URSS. Aujourd’hui, 60 ans plus tard, leurs regards se tournent à nouveau à l’Est. 

C’est le cas de Sidi Traoré, de la plate-forme intervention Russie : "Ce qu'on attend de la Russie, c'est ce qu'on attendait aussi de la France : de venir traiter les problèmes du Mali. Et si on se tourne vers la Russie, c'est parce que nous voyons ce qu'ils ont fait en Syrie, en Centrafrique. Nous sommes convaincus que l'arrivée des militaires russes, comme ils l'ont fait dans d'autres pays, serait une bonne chose." 

Nous sommes persuadés qu'ils sauront mieux faire que la France.

L'insécurité et la pauvreté poussent une partie de la population à croire dans une présence russe au Mali
L'insécurité et la pauvreté poussent une partie de la population à croire dans une présence russe au Mali © Radio France / Nathanael Charbonnier

La Russie pour remplacer la France au Mali, l’idée laisse sceptique Boubacar Ba. Ce chercheur et proche de l’imam Dicko dont on a beaucoup parlé au moment des manifestations de 2020, repousse à priori l'idée, même si il reconnait que le projet peut être tentant pour des Maliens qui n'en peuvent plus de la guerre et de l'insécurité qui règne dans le pays. "Moi je pense surtout qu'il y a une querelle de géopolitique aujourd'hui dans le Sahel. La Russie, au départ, son champ d'action, c'est la Syrie, la Centrafrique. Mais ces résultats marquent les esprits de certains Maliens, notamment ceux qui veulent en découdre avec la France et la présence française, et qui veulent faire croire que la Russie peut être une solution alternative. Mais choisir la Russie, cela reviendrait un peu à sauter dans l'inconnu." 

La France et la Russie, des amies qu'on ne veut pas écarter du jeu politique

Une aventure russe que ne retient pas non plus le Président du Parti socialiste Malien. Amadou Koïta ne veut pas franchir le pas. Pourtant ce proche de l’ancien président IBK, Ibrahim Boubacar Keita, renversé par le putsch d’août 2020, laisse la fenêtre ouverte et préfère lui insister sur le fait que la Russie, comme la France, sont des amies du Mali. "Le Mali a des amis, le Mali n'a pas des ennemis. Que cela soit la France, que cela soit la Russie. Le Mali non plus n'est pas un pays ingrat. Nous savons qu'il y a près de 50 soldats français qui sont tombés ici au Mali. Alors, aujourd'hui, l'opération Barkhane pose des problèmes parce que les résultats ne sont pas à la hauteur des attentes, mais qu'à cela ne tienne, il ne faut jamais jeter l'eau du bain avec le bébé". Et Amadou Koîta de poursuivre en expliquant que le Mali a besoin de tous, de la France, de la Russie, du Sénégal. Que la France est l'amie du peuple malien, tout comme la Russie qui a eu des relations cordiales avec l'ex-URSS. Enfin, il souligne que le Mali a besoin de tout le monde pour combattre un ennemi commun qui est le terrorisme. 

Et c’est ainsi que la Russie se retrouve présente dans beaucoup d’esprits finalement. Et même au plus haut niveau, Assimi Goïta, le nouveau président aurait suivi des formations en Russie, certains expliquent même qu’il parle russe. Car c'est aussi une donnée à prendre en compte, celle de l’information et de la désinformation. Michel Beuret, de la Fondation Hirondelle, et spécialiste du Sahel, met des nuances mais confirme l'importance du sujet : "Les Russes font de la désinformation au Mali, mais ce n'est pas aussi prégnant que ce qu'ils ont fait en Centrafrique. Les Russes, en réalité, cherchent à s'installer sur le continent africain. C'est important pour eux d'être présent. Les Chinois sont là, les Américains, les Français, les anciennes métropoles sont là, et eux aussi veulent être là. Et ils se disent que, qui sait, sur un malentendu, avec un certain opportunisme, ils envisagent peut être de s'installer au Mali". 

Option réaliste ou pas, cette tentation russe existe bien au Mali. Elle fait partie de ce flou qui a amené le président français à taper du poing sur la table dernièrement contre le pouvoir malien. Elle pourrait même servir de prétexte à un ajustement des troupes françaises au Mali, si Paris n’obtient pas les engagements attendus d’Assimi Goïta, le nouveau président malien.

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