Le transfert de l'ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem s'annonce à haut risque avec l'ouverture des lieux ce lundi. Derrière l’installation de l’ambassadeur, les États-Unis reconnaissent la ville trois fois sainte comme la capitale de l'État hébreu.

Les nationalistes israéliens ont marché dans Jérusalem dimanche, à la veille de l'ouverture de l'ambassade américaine qui vient d'y être transférée.
Les nationalistes israéliens ont marché dans Jérusalem dimanche, à la veille de l'ouverture de l'ambassade américaine qui vient d'y être transférée. © Radio France / Jérémy Tuil

C’est un moment historique attendu aujourd’hui à Jérusalem. Cet après-midi, les États-Unis célèbrent le transfert de leur ambassade de Tel Aviv à Jérusalem. Une décision de Donald Trump qui entérine la souveraineté d’Israël sur la ville sainte : le gouvernement israélien a applaudi, l’ONU a condamné. Et les Palestiniens ont coupé leur liens avec les Américains.

Inauguration symbolique

Pour l'heure, il n'y a pas encore de bâtiment officiel. L'inauguration est encore symbolique, puisqu'il s'agit d’installer l’ambassadeur à temps partiel, dans les bureaux du consulat général américain, avec une toute petite équipe.

Ça se passe dans le sud de la ville, sur l’ancienne ligne de démarcation, entre un lotissement israélien et un quartier palestinien, séparés encore plus profondément par cet embryon d’ambassade. Amir vit à côté du mur d’enceinte. Il est israélien, et c’est un grand jour pour lui : "C’est un cadeau pour Israël bien sûr. On apprécie, ici. C’est ce qu’il fallait faire. Vous savez, pour nous, Jérusalem a une grande importance. Si le monde reconnaît Jérusalem comme la capitale d’Israël, c’est vraiment important pour nous."

De l’autre côté dans le quartier palestinien de Sur Baher, Abu Ayman voit les bâtiments des Américains depuis sa terrasse. Pour lui, les Palestiniens se sentent aujourd’hui très seuls : "On ne pensait pas que les Américains iraient si loin, et qu’ils prendraient clairement le parti des Israéliens. On a le sentiment d’avoir été poignardés dans le dos, et ce coup de poignard aggrave les choses. C’est comme s’ils nous avaient tué. Maintenant, on peut dire que les Américains nous ont vendu aux Israéliens."

Jérusalem aux deux visages

Derrière l’installation de l’ambassadeur, les États-Unis reconnaissent Jérusalem comme la capitale d’Israël, et ce sont les premiers à faire cela. Mais Jérusalem est-elle vraiment unifiée ?

Il y a un fossé entre l’ouest israélien et l’est très majoritairement palestinien. Les différences portent notamment sur le statut et le traitement. Les Palestiniens ont d’ailleurs du mal à trouver une place dans cette situation d’entre-deux. Samir Sha’abani vit dans un des quartiers pauvre de la ville, voisin d’une colonie israélienne : il est le mieux placé pour comparer les deux visages de Jérusalem.

Regardez autour de vous ! Qu’est-ce que vous voyez ? Par exemple cet endroit ici, les gens ont des droits, il y a tout. C’est tout rose ! Et en bas, juste à juste 200 mètres, c’est terrible ! Pas de parking, pas de services pour la collecte des ordures. Rien ! 

"Les Palestiniens sont vraiment dans un piège, poursuit-il. Parce que s’ils exercent leurs droits, s’ils vont voter aux élections municipales, c’est une façon de reconnaître que Jérusalem est unifiée et qu’elle appartient aux juifs. Mais de l’autre côté, s’ils veulent ignorer cette situation, ils perdent leur droits."

Autorité palestinienne fragilisée

Est-ce que ce déménagement enterre les derniers espoirs de paix dans la région ? C’est en tout cas un coup supplémentaire. Les relations entre les Palestiniens et les Américains sont gelées. L’Autorité palestinienne est considérablement fragilisée. Il y a donc un boulevard pour les extrêmes, estime Dimitri Diliani, qui représente un courant dissident du parti du président palestinien : "C'est un énorme encouragement pour la droite israélienne, une agression contre les habitants palestiniens, surtout à Jérusalem. Et en même temps, ça réduit tous les espoirs pour un processus de paix."

Qui est le premier ambassadeur à s’installer à Jérusalem? 

David Friedman, premier ambassadeur à s’installer à Jérusalem, est un avocat, très proche du président américain, très impliqué dans le soutien de la colonisation.

Tzvi Cooper, lui aussi, est américain. Il a voté Trump, et vit dans une colonie. Il est très satisfait du scénario et du casting : "Il a des liens personnels et familiaux, son cœur est avec nous. Ses croyances religieuses aussi. L’ambassadeur Friedman pense que les colonies ne sont pas un obstacle pour la paix. Nous qui vivons dans ces colonies, on se voit comme un pont pour la paix. Sans les colonies, je pense qu’on aurait vu Ramallah brûler comme la ville de Homs en Syrie." 

La construction de l’ambassade sera très progressive. Plus de 300 000 dollars ont été débloqués pour monter une annexe l’an prochain. La construction du bâtiment devrait prendre plus de sept ans.

L'équipe
  • Etienne MoninJournaliste, correspondant de Radio France à Jerusalem
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.