Par Emmanuel Leclère, envoyé spécial de France Inter au Nord du Japon On compte des milliers, peut-être des dizaines de milliers de disparus frappés par le tsunami qui a suivi le séisme de vendredi dernier sur la côte au Nord-Est de Tokyo. Mais trois jours après, ce sont là des millions d’habitants qui redoutent une réplique très violente dans les 48 heures à venir. Et puis il y a le risque majeur d’une explosion de plusieurs réacteurs nucléaires. Si les Japonais de la région touchée de plein fouet ont impressionné le monde entier par leur calme, leur sang froid face à ce tremblement de terre, ce qu’ils découvrent depuis trois jours n’a plus rien à voir avec les décennies passés, marqués par le tremblement de terre de Kobé par exepmple, avec ses 6000 morts. Là, les trois éléments conjugués : le séisme, le tsunami et la semance nucléaire, ont provoqué des réactions collectives inédites, à commencer par un exode des habitants de la région du Honshu. C’est le cas de cette dame que nous avons rencontrée ce week-end dans l’une de ces supérettes au bord de la nationale 6 qui descend vers Tokyo. Témoignage de Tiyo Suzuki Cette dame, madame Tiyo Suzuki, n’avait pas du tout le même regard que ceux des tokyïtes que nous avions rencontrés ces dernieres 48 heures. Ses gestes, ses pas, tout était saccadé : ses yeux aussi trahissaient cette immense frayeur et pour Robert Lacombe, le directeur de l’Institut français de Tokyo, c’est aussi le tabou du nucléaire qui est en train de tomber au Japon. Interview de Robert Lacombe Godzilla, qui symbolise la folie des hommes et leur inconscience à manipuler des armes meurtrières comme la bombe atomique. Là ce sont des réacteurs atomiques civiles et désormais, ce sont 12 millions d’habitants, ceux de la capitale, Tokyo, qui seraient également menacés si la situation des centrales nucléaires se détériorait encore. Pour l’instant très clairement, non, selon les experts japonais, mais pas seulement. Les nouvelles explosions de ce matin sont du même ordre que celles de vendredi, avec un dégagement d’hydrogène certes contaminée, mais peu radioactive. Alors c’est vrai qu’il y a à chaque fois un nuage qui se dégage, ce qui est très spectaculaire et rappelle Tchernobyl, évidemment. Pour l’instant, les vents sont encore plutôt bien orientés, alors qu'hier soir, plusieurs médias japonais annoncaient de possibles changements qui auraient concerné, du coup, la capitale. Reste l’hypothèse d’une explosion pure et simple des cœurs des réacteurs. Cette fois-là encore, contrairement à Tchernobyl, les scientifiques rappellent que ces mêmes réacteurs ont été arrêtés aussitôt vendredi et s’il y a eu des problèmes de refroidissement, il semble que le process soit désormais mieux maîtrisé. Mais il y a encore la crainte d’une réplique dans cette région du Honshu, qui pourrait aggraver la situation. D’où les recommandations des autorités japonaises d’éviter d’aller au travail ce matin, y compris à Tokyo et de rester confiner chez soi. Et il est vrai que la circulation est fluide. Quand à l’Ambassade de France, elle a recommandé à ses 10 000 ressortissants de Tokyo hier soir de prendre quelques jours de vacances s’ils le peuvent. Résultat, tout à l’heure, une dizaine de Français, des étudiants et des couples, venaient aux nouvelles. A l’intérieur de cette Ambassade de France, 80 personnes se relaient en permanence à la cellule de crise mise en place depuis vendredi. Et comme tout le monde, on attend maintenant de savoir si la températures va redescendre dans les réacteurs de Fukushima. Il faudra encore attendre 24 à 48 heures pour le savoir. En attendant, le personnel de l’Ambassade tente de localiser les 21 ressortissants français de la région de Sendaï, dont les familles sont sans nouvelles depuis vendredi.

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