Les élections législatives ont lieu ce mercredi et Geert Wilders, qui souhaite "désislamiser" les Pays-Bas, espère que la polémique avec la Turquie aidera son parti le PVV.

Geert Wilders pourrait être le principal bénéficiaire de la crise avec Ankara
Geert Wilders pourrait être le principal bénéficiaire de la crise avec Ankara © AFP / John THYS

La crise diplomatique entre les Pays-Bas et la Turquie ces derniers jours a été exacerbée par l’approche des élections législatives néerlandaises qui ont lieu mercredi. Dans ce pays prospère de 17 millions d’habitants, le débat s’est focalisé sur les questions identitaires et l’immigration. Au centre du jeu politique, le populiste anti-islam Geert Wilders crédité de 20% des voix.

Bertrand Gallicher a suivi le chef de file de l’extrême-droite néerlandaise dans sa dernière tournée électorale dans deux localités cachées au sud-est des Pays-Bas à quelques kilomètres de Maastricht. D’abord dans le village de Valkenburg, l’un des fiefs de son parti, le PVV où Geert Wilders est très attendu.

Les apparitions publiques du chef de file de la droite anti-immigration, qui fait l’objet de menaces, sont plutôt rares. Et dès qu'il parait Geert Wilders est tout de suite interrogé sur son sujet de prédilection : "L’Islam et la liberté ne sont pas compatibles. Regardez tous les pays du monde musulman où l’Islam est déjà dominant. Il y a un manque total de société civile, d’indépendance judiciaire. Et cela a été la plus grosse erreur du monde occidental ces dernières décennies. Une politique de frontières ouvertes, d’immigration de masse, aucune exigence d’intégration ou d’assimilation. C’est une combinaison très toxique, surtout si vous accueillez beaucoup d’immigrants de pays islamiques. L’Islam signifie la soumission. Il y a beaucoup de musulmans ici qui sont très gentils, mais l’idéologie qu’ils amènent n’est pas la nôtre. Ne doit pas être la nôtre et n’est pas non plus une partie de notre héritage culturel."

Parmi les centaines de personnes qui se pressent autour de lui, Geert Wilders se prête volontiers au jeu des selfies. Ses partisans reconnaissent ne pas être concernés par l’immigration musulmane dans cette bourgade éloignée de tout. Ils se sentent pourtant menacés dans leur mode de vie : "J’aime bien cet homme, ses idées sont bien parce qu’il dit qu’il y a trop d’immigrés. Les Pays Bas sont pour les Néerlandais et pas pour les immigrés. Il dit qu’il y a trop d’islam aux Pays-Bas et que trop c’est trop. C’est pour ça que je vote pour lui. Ils ne travaillent pas ils volent, pas tous, mais je dirai 50 à 60 % d’entre eux."

Geert Wilders doit pourtant affronter des contradicteurs lors de ses apparitions publiques

Cela s’est produit samedi dans la deuxième localité qu’il a visité à Heeren quelques kilomètres plus loin. Le leader populiste a été pris à partie par un groupe de manifestants antiracistes. Parmi eux, cette femme d’une soixantaine d’années originaire du Maroc et qui vit aux Pays-Bas depuis les années 90 : "Il n’a pas le droit de parler des immigrés parce qu’il y a aussi de vrais Hollandais qui profitent du système. Il devrait parler de son propre pays de son propre peuple. Lui-même est un immigré comme nous." Une allusion aux origines controversées de Geert Wilders -une ascendance indonésienne- que ses adversaires mettent en avant pour tourner en dérision son combat contre l’immigration.

Le charisme du leader de la droite populiste néerlandaise agace ses adversaires

Ce jour-là à Heeren, par exemple, Geert Wilders entouré de ses gardes du corps et de ses supporters passe devant des militants du parti social libéral D66 qui distribuent des tracts. Parmi eux la députée européenne Sophie Intveld : "Admettons qu’il recueille 20% des voix comme le disent certains sondages. Cela signifie que 80% des gens ne votent pas pour lui. Nous devrions plutôt nous demander comment maintenir le système de santé à des tarifs abordables. Comment s’assurer que les gens ont du travail. Monsieur Wilders ne dit rien à ce sujet."

C’est toute la force de Geert Wilders. Se concentrer sur ses sujets de prédilection en incarnant un visage moderne de l’extrême-droite.

Maindert Fenema, universitaire et auteur d’une biographie de Gert Wilders : "C’est un politicien brillant, c’est un parlementaire fantastique dans les débats, dans les dossiers. Il est vraiment un populiste. Il a quitté le parti libéral pour ses positions sur la Turquie, l’islam et l’Europe. Il a modernisé le discours d’extrême droite. Wilders a été toujours le défenseur des juifs, d’Israël, des homosexuels, des droits des femmes. Son discours était contre l’extrême droite traditionnelle."

► POUR EN SAVOIR PLUS | Législatives aux Pays-Bas : un premier test pour l'extrême-droite

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