Karachi
Karachi © REUTERS

Un saoudien pourrait avoir commandité l’attentat, qui a tué 11 français, employés de la Direction des constructions navales, le 8 mai 2002, à Karachi. Ce personnage de l’ombre s’appelle Ali Ben Moussalem. C’est un peu « le fantôme de l’affaire Karachi ».

Ali Ben Moussalem est mort en 2004 en Suisse dans des conditions troubles. Mais aujourd'hui, il est au cœur de l’enquête du juge Trévidic sur l’attentat de Karachi. Ben Moussalem est « un fantôme » qui fait peur.

C’est aussi "l’exécuteur des basses œuvres", proche des réseaux djihadistes

L'homme a plusieurs casquettes. C’est à la fois un riche homme d’affaires, propriétaire de palaces à Londres ou à Paris. Il est également le représentant officiel du royaume saoudien, l’homme clé des contrats d’armements, bien connu des services américains et des décideurs français.

C’est aussi "l’exécuteur des basses œuvres", proche des réseaux djihadistes, un personnage dangereux, selon le journaliste Guillaume Dasquié : "Il avait cette dimension-là, d'être capable d'ordonner un assassinat."

Ses liens avec l’attentat de Karachi

La piste privilégiée aujourd’hui est celle d’une vengeance d’intermédiaires qui n’aurait pas obtenu l’argent promis dans les contrats d’armements conclus en 94 par les balladuriens. Ces contrats concernent la vente de sous-marins au Pakistan, mais surtout la vente de frégates à l’Arabie Saoudite, un énorme contrat, avec de juteuses commissions à la clé.

Alors que ces contrats sont déjà bouclés, un réseau d’intermédiaire est imposé au dernier moment par les balladuriens. Ce réseau piloté par Ben Moussalem, est destiné à financer la campagne présidentielle d’Edouard Balladur. Ceux qui tentent alors de s’y opposer sont débarqués. C’est le cas de Jean-Claude Sompairac. Il dirige alors la SOFRESA, la structure française chargée de négocier le contrat saoudien. Son ami, Jean de Tonquedec, raconte comme François Léotard, a congédié Sompairac. L'homme est un obstacle car il s'est toujours opposé aux retrocommissions.

Le robinet des commissions des intermédiaires balladuriens est coupé

Mais c’est finalement Jacques Chirac qui remporte la présidentielle en 95. Le robinet des commissions des intermédiaires balladuriens est coupé. L’ « argent noir » des contrats est réorienté vers les réseaux chiraquiens.

Ce qui déclenche la fureur de Ben Mussalem car l'argent qui devait lui revenir doit aller ailleurs, comme l'explique sur procès-verbal Gérard Willing, un proche du renseignement français.

Après le 11 septembre 2001, Ben Moussalem est également dans le collimateur des Américains. Le renseignement américain le soupçonne de financer des réseaux djihadistes, en lien avec un banquier égyptien, basé en Suisse. C’est ce que montre notamment un document du Trésor américain daté de janvier 2002.

Dans les années 2000, la Suisse enquête sur ces accusations, avant de classer finalement le dossier. Le magistrat suisse chargé à l’époque des investigations nous a expliqué qu’il avait de forts soupçons sur Ben Moussalem, mais pas suffisamment de preuves.

Les investigations françaises

L’enquête du juge Trévidic se heurte au mur du secret-défense. Quasiment aucun document n'est déclassifié. D’où la colère de Gilles Sanson, blessé dans l’attentat de Karachi. " Je suis complètement outré de voir qu'il y a toujours une omerta sur ce dossier, quelque soit la couleur du gouvernement."

Par conséquent, son avocate, Marie Dosé, a décidé d’engager une procédure inédite. Il s'agit de faire entendre des témoins directement par la Commission chargée du secret défense et qu’ensuite leur parole soit « déclassifiée ».

" C'est inédit mais pas impossible" explique l'avocate. Parmi les personnes qui oppose actuellement le secret-défense à la justice, il y a notamment un ancien responsable de la DST, Eric Bellemin-Comte. Il est aujourd’hui conseiller pour le renseignement, à l’Elysée.

Enquête complète à retrouver ce vendredi soir dans « Secrets d’info »

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