L'électrisation de l'Afrique est l'un des grands enjeux de la COP22 qui s'achève cette semaine à Marrakech. Le Maroc mise sur le solaire et espère ouvrir la voie pour le continent.

Noor 1, inaugurée en février 2015, c'est 1,5 millions de mètres carré de miroirs au pied du Haut-Atlas Marocain
Noor 1, inaugurée en février 2015, c'est 1,5 millions de mètres carré de miroirs au pied du Haut-Atlas Marocain © Radio France / Sandy Dauphin

A l'heure actuelle en Afrique, 700 millions d'habitants n'ont toujours pas accès à l'électricité. Alors que la COP22 s'achève cette semaine à Marrakech, le Maroc mise sur le solaire et espère éclairer la voie pour le continent, avec des installations qui se veulent exemplaires, comme la centrale de Noor, dans le sud du pays, plus grande ferme solaire d'Afrique.

La consommation de deux millions de Marocains

Plus d'un million de mètres carrés de miroirs scintillent au soleil dans ce méga-complexe situé tout près de Ouarzazate, surnommée "La Porte du Désert". Son ciel bleu et ses paysages à couper le souffle aux pieds du Haut-Atlas marocain attirent depuis des décennies des tournages de films. "J'ai vu des visiteurs qui viennent de partout, ces derniers temps, davantage d'Afrique pour voir l'importance du projet", explique Rachid Bayed, directeur du projet Noor (qui signifie "Lumière"). "Je pense qu'il y aura des projets similaires qu'on va voir arriver dans le futur", poursuit-il.

Noor 1 est une centrale solaire thermique à concentration
Noor 1 est une centrale solaire thermique à concentration © Radio France / Sandy Dauphin

En 2017, le site atteindra une puissance de 350 mégawatts, soit l'équivalent d'un réacteur nucléaire moderne. "C'est pratiquement 2.000 gigawatts/heure par an de production d'énergie, soit à peu près la consommation électrique de deux millions de Marocains", ajoute Rachid Bayed.

Indépendance énergétique

Le virage vert du Maroc est aussi une question d'indépendance énergétique. Jusqu'à présent, le Maroc est très dépendant des importations de pétrole et de charbon. Eolien, barrages, solaire : le royaume se fixe l'objectif de porter la part des énergies vertes à 52% de la puissance électrique installée d'ici 2017.

"Le Maroc est dans une situation énergétique qui l'a poussé à développer parce qu'ils n'ont pas eux-mêmes d'hydrocarbures, mais aussi par une volonté d'avoir une énergie plus durable et de développer eux-mêmes un savoir-faire sur le solaire", selon Cassilde Brénière, directrice adjointe de l'agence française de développement à Rabat, l'un des bailleurs de fonds internationaux du projet Noor.

Noor3, une tour solaire de 247 mètres en cours de construction de hauteur avec miroirs disposés en pétales autour de la tour
Noor3, une tour solaire de 247 mètres en cours de construction de hauteur avec miroirs disposés en pétales autour de la tour © Radio France / Sandy Dauphin

Trois heures de stockage

La centrale de Ouarzazate est un laboratoire : le Maroc y teste plusieurs technologies solaires. La première tranche a été inaugurée il y a moins d'un an. Noor 1 est une centrale thermique à concentration : "Grâce à des miroirs paraboliques on fait chauffer un liquide caloporteur pour monter en température jusqu'a 390 degrés", détaille Rachid Bayed. "Au travers des échangeurs il y a une création de vapeur à haute pression qui fait tourner l'alternateur pour générer de l'électricité".

Les miroirs sont plus chers que les panneaux photovoltaïques classiques, mais l'avantage de cette technologie c'est qu'elle offre une capacité de trois heures de stockage. Concrètement, cela signifie qu'à la tombée de la nuit, la centrale peut encore fournir de l'électricité pendant trois heures, lors du pic de consommation.

Sur 480 hectares, le site produit 500 gigawatts-heures, soit la consommation de 600.000 habitants.
Sur 480 hectares, le site produit 500 gigawatts-heures, soit la consommation de 600.000 habitants. © Radio France / Sandy Dauphin

Une solution pour l'Afrique ?

L'exemple du Maroc peut-il servir à toute l'Afrique ? Ce n'est pas certain : des grandes centrales comme Noor peuvent répondre aux besoins des grandes villes, mais pas forcément à ceux des zones rurales subsahariennes où le taux d'électrification est très faible. "Quand on a une population rurale et dispersée mais qui n'a pas de réseau d'électricité, il va falloir d'abord mettre en place des petites installations pour fournir le minimum, plutôt que de reposer sur des modèles centralisés", selon Cédric Philibert, expert à l'Agence internationale de l'énergie.

En attendant, à Ouarzazate, les guides touristiques à l'entrée de la Médina espèrent que la centrale de Noor deviendra une nouvelle attraction : "Je ramène des touristes pour gagner ma vie... Vous pensez que la ferme solaire va ramener des touristes ? On l'espère bien, parce que nous on travaille avec les touristes", confie Rédouane, un habitant de la ville.

La centrale de Noor, beaucoup plus présentable que la centrale à charbon XXL en cours de construction avec Engie dans le sud ouest du pays... Le Maroc a en effet encore besoin du charbon pour répondre à la forte augmentation de sa demande d'électricité : +8% par an.

La centrale de Noor (3.000 hectares au total) vue du ciel en cours d’achèvement.
La centrale de Noor (3.000 hectares au total) vue du ciel en cours d’achèvement. © Radio France / Sandy Dauphin
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