Porte d'Auteuil, 14 000 mètres carrés de terrain sont laissés à l'abandon depuis 20 ans. La mairie de Paris en est propriétaire. Elle veut y construire 330 logements, dont 180 en HLM. Mais visiblement, ça n'enchante pas le voisinage. Il faut dire qu'on n’est pas à n'importe quel endroit de Paris. C'est l'un des coins les plus huppés de la capitale juste en face de la villa Montmorency, qui mène d'ailleurs cette bataille. La villa Montmorency, c'est une résidence privée très surveillée avec des dizaines d'hotels particuliers, où se cotoient les plus grandes fortunes de France. Il y a Vincent Bolloré, Arnaud Lagardère ou encore Alain Afflelou mais aussi des stars du showbizness comme Mylène Farmer ou Carole Bouquet et même la première dame de France, Carla Bruni. Or, l'immeuble en construction serait visible de la villa - ça dérange donc beaucoup les habitants. Pourquoi ? Difficile d'aller leur demander directement (extrait de reportage). La présidente de l'association qui mène la fronde, Claudie Fournier-Christol, a accepté de répondre aux questions, à l'extérieur de la villa Montmorency. Pour elle, de toutes façons, ses réticences sont d'ordre esthétique. Quatre immeubles de 11 étages, c'est insupportable, ça va asphyxier le quartier. Et en tout, elle réfute totalement l'idée qui pourrait laisser penser que peut-être les riches habitants du 16ème ne veulent pas de locataires de HLM à côté de chez eux (interview). Pourtant, le constat est là. Paris ne respecte pas le quota légal des 20 % de logements sociaux avec des différences énormes : 30 % de logements sociaux dans le 20ème arrondissement et 2,5 seulement dans le 16ème. Dans ce quartier, le discours est parfois moins policé que celui de madame Fournier-Christol. Anne habite le quartier et sortait justement de la villa Montmorency. Elle était venue voir une amie (interview). Face à ces réticences et à ces craintes, l'adjoint au maire de Paris chargé du logement, Jean-Yves Mano, élu du 16ème, oppose une politique, celle de la mixité sociale (interview). Et c'est bien cette idée de mixité sociale qui est au coeur de la bataille, parce qu'au-delà des arguments esthétiques, au-delà de ces peurs phantasmées des HLM où l'on brule des voitures, c'est autre chose qui sous tend cette histoire, comme l'explique la sociologue Monique-Pinçon Charlot. Avec son mari, ils ont passé 20 ans à étudier la grande bourgeoisie. Ils ont publié un livre : « Les ghettos du Gotta. » Selon eux, au coeur de leur préocupation, il y a la reproduction sociale (interview). La première pierre de ces logements n'est pas prête d'être posée. Le permis de construire sera déposé en décembre. Il sera aussitôt attaqué par les assocoiations et la procédure durera au moins deux ans. Un reportage d’Olivier Boy.

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