Il y a une dizaine de jours, 4 jeunes filles, dont 3 mineurs mettaient le feu aux boîtes aux lettres d'un immeuble de la Haye les Roses, provoquant la mort de 18 personnes. Elles ont expliqué qu'elles en voulaient à l'une de leur ancienne copine. Les jeunes filles sont aujourd'hui derrière les barreaux et risquent au moins 20 ans de prison. Ce terrible drame intervient alors que l'on célèbre cette année les 60 ans de la justice des mineurs. Ce fait divers repose aussi la question de la délinquance particulière des jeunes filles. Cette délinquance des filles mineures reste marginale en France, comme ailleurs dans le monde, et c'est une réalité très mal connue. C'est un peu une évidence... la délinquance des mineurs est un phénomène très majoritairement masculin. Plus de 90% des faits sont commis par des garçons. Peu de chercheurs se sont penchés sur la question. Il existe néanmoins quelques chiffres, de la police notamment. Ces 15 dernières années, cette délinquance a plus augmenté que celle des garçons : 140% d'augmentation. Et parmi ces jeunes délinquantes, le témoignage de Clarysse, 18 ans. Elle est en foyer depuis un an. Clarysse ne commet plus de délit mais elle a longtemps trainé en bande. Elle parle de rackets, de cambriolages, de bagarres. Ce sont finalement des délits assez proches de ceux des garçons. Certains sociologues y voient même une démarche d'appropriation des valeurs masculines. En revanche, ce qu'il y a de particulier, c'est que les filles ne semblent pas s'intéresser à l'argent. Elles ne font pas de trafic, on ne les voit jamais par exemple revendre des objets volés. Enfin, autre particularité. Certaines filles peuvent être très violentes. Marie Dominique VERGEZ a été juge des enfants pendant près de 30 ans. Elle a rencontré plusieurs cas dans sa carrière. Quelle est la réaction de la justice face à cette délinquance féminine ? Y a t-il plus d'indulgence des institutions ? En fait, la justice joue davantage sur l'éducatif avec les filles et sur le répressif avec les garçons. Un exemple. Sur 744 mineurs écroués en 2005, 37 seulement sont des filles, 5%. En caricaturant un peu la situation, on pourrait dire qu'on les place davantage en foyer qu'en prison. Cette différence avec les garçons s'explique sans doute en grande partie par les motivations des jeunes filles. Leur délinquance ne répond pas aux mêmes causes. Il s'agit presque exclusivement de conflits d'ordre affectif. C'est ce qu'observe Chantal Hungbo, psychologue, qui travaille à la Villa Préault, un foyer pour filles en Seine et Marne. En réalité, la très grande majorité des jeunes filles croisées dans ce foyer ont d'abord été victimes. C'est aussi ce que disent les juges des enfants. Dans leur bureau, plus que des délinquantes, ils voient surtout des filles en danger, suicidaires, victimes de violence familial, victimes de l'inceste. Il faut savoir qu'en France, plus du tiers des jeunes filles qui ont été placées en foyer ont été l'objet d'agressions sexuelles. Un dossier de Sébastien Laugénie, journaliste spécialiste des questions police-justice à France Inter.

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