Ils sont à pieds d’oeuvre. Le premier des deux bataillons promis par la France pour renforcer les casques bleus au Liban devrait se déployer dans le sud du pays en début de semaine prochaine. Le temps de recevoir les ordres et de repeindre les 450 véhicules en blanc. Un matériel très sophistiqué et puissant avec notamment des chars lourds Leclerc. C’est la première fois, depuis la création des casques bleus il y a 60 ans qu’une force des Nations Unies va disposer d’une telle puissance de feu. C’est en effet une première. Et c’est d’abord la conséquence d’un choix politique rappelé cette semaine par l’ambassadeur de France au Liban. D’ailleurs, Bernard Emié a tenu à assister au débarquement des matériels dans le port de Beyrouth surtout celui des chars Leclerc (interview). Voilà pour l’affichage diplomatique. Mais la France n’utilise-t-elle pas finalement le Liban comme un salon de l’armement grandeur nature pour vendre ensuite ce char aux pays du Golfe ? C’est vrai que la France négocie en ce moment avec l’Arabie Saoudite la vente de Leclerc. Un engin qui coûte tout de même 7 millions d’euros pièces. Et sa présence ici pourrait convaincre Ryad de ses qualités. Mais c’est un peu court de réduire cela à un enjeu commercial. Mais il ne faut pas oublier que ce blindé n’est pas seul. Sur le terrain, le bataillon français va disposer d’une large panoplie que les militaires appellent un GTIA, groupement tactique interarme. Il comprend des radars ultra-modernes capables de détecter tous tirs de roquettes, des batteries d’artillerie pour riposter si nécessaire, des missiles sol-air et bien sûr des blindés dont le Leclerc et 900 soldats pour occuper le terrain. Le chef d’orchestre sera le colonel Olivier de Cevins, un secteur va lui être confié, peut-être sous commandement espagnol, probablement près de Bint Jubayl, une localité très proche de la frontière israélienne. Un secteur où il devrait commencer à déployer ses troupes à partir de lundi prochain avec la mission délicate d’en assurer le contrôle et selon lui la présence du Leclerc est importante pour la cohérence du dispositif (interview). Concrètement, un char Leclerc c’est certainement l’un des chars les plus sophistiqués au monde. Petit tour en tourelle avec le capitaine Patrick Guillaume (interview). Plutôt confiant ce capitaine. Pour ne pas le vexer, disons que si le Leclerc n’a pas de défauts, il a quand même quelques faiblesses. En ville, son canon ne se lève pas assez pour tirer dans les étages des immeubles et il est peu blindé à l’arrière, un tir de roquette dans son moteur pourrait sérieusement l’endommager voir le neutraliser. C’est pourquoi il se déploie aussi avec des fantassins qui eux se déplacent en AMX 10 P. Le capitaine Patrick Lamiral commande la troisième compagnie du régiment de marche du Tchad (interview). Quels sont les autres risques encourus par les soldats ? Si les militaires ont envoyé ici du matériel aussi lourd, c’est aussi parce que la Finul pourrait être la cible d’attentats. Face à un Hezbollah affaibli militairement, mais renforcé politiquement, Al Qaïda pourrait jouer la surenchère. La nébuleuse terroriste est très présente au Liban. L’arrestation fin juillet de 4 Libanais après un attentat raté dans des trains allemands l’a récemment prouvé. C’est donc vraiment une mission à haut risques que les Français entament ici. Un reportage de Stéphane Fort et Didier Sudre, en direct de Beyrouth au Liban.

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