Angela Merkel pose auprès de réfugiés arrivés fraîchement en Allemagne.
Angela Merkel pose auprès de réfugiés arrivés fraîchement en Allemagne. © Reuters / Fabrizio Bensch

Donner du travail aux réfugiés : c’est le prochain grand défi de l’Allemagne, qui s’apprête à accueillir cette année un nombre record de demandeurs d’asile. Employer des migrants, c'est ce que souhaite le patronat allemand.

Et pour une raison simple, l’Allemagne a cruellement besoin de main d’œuvre ! Il manque 140.000 ingénieurs et techniciens, et des secteurs comme l’artisanat, l’hôtellerie recherchent en permanence du personnel. Les grands patrons veulent donc passer à la vitesse supérieure.

Le PDG de Daimler s’est dit prêt à «envoyer ses recruteurs dans les centres d’accueil ». Le gouvernement, lui aussi, sonne la mobilisation. A l’image du ministre de l’Economie et vice-chancelier Sigmar Gabriel devant le Bundestag :

Nous devons former rapidement tous ces hommes qui arrivent en ce moment dans notre pays. Donnons-leur des emplois, et ainsi nous pourrons résoudre l’un de nos plus gros problèmes : la pénurie de main d’œuvre qui menace l’avenir de notre économie

Des groupes comme Siemens ou Deutsche Telekom ont lancé ces derniers mois des programmes de formation spécialement dédiés aux réfugiés. Mais tout cela prend du temps. Or, la loi interdit aux demandeurs d’asile toute activité professionnelle pendant les trois premiers mois. Le monde de l’entreprise voudrait donc pouvoir aller plus vite. Mais pour les pouvoirs publics, la priorité est d’abord de bien identifier les compétences.

Expériences professionnelles

Comme l’explique Constantin Terton de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Berlin : « Nous avons ici à Berlin un projet pilote avec l’agence pour l’emploi. Quand le réfugié dépose sa demande d’asile, on lui demande tout de suite quelles sont ses expériences professionnelles, ses qualifications susceptibles d’être reconnues en Allemagne. On évalue aussi ses besoins en terme d’apprentissage de la langue. Tout cela doit permettre une intégration plus rapide sur le marché du travail ».

Inutile de se ruer dans les centre d’accueil

Inutile de se ruer dans les centre d’accueil pour chercher de la main d’œuvre. Mieux vaut attendre que le statut légal du réfugié soit clarifié. C’est d’ailleurs ce que pensent beaucoup d’entreprises, qui ne souhaitent pas investir sur des réfugiés dont elles ne savent pas s’ils pourront rester en Allemagne ! L’apprentissage de l’allemand est évidemment un enjeu prioritaire pour quiconque veut trouver un emploi.

Certaines entreprises ont donc décidé de prendre les devants

Et même si l’Allemagne fait des efforts considérables, en offrant des cours d’intégration aux réfugiés une fois qu’ils ont leurs papiers, les besoins sont énormes. Et le pays manque de structures et d’enseignants. Certaines entreprises ont donc décidé de prendre les devants. Nous sommes dans les locaux de l’entreprise MKM , qui emploie 1100 salariés dans la région de Magdebourg. L’usine fabrique des pièces industrielles en cuivre. Et depuis 3 semaines, elle accueille aussi des cours d’allemands pour réfugiés. Face au tableau, 5 demandeurs d’asile, la plupart Syriens, hébergés dans un centre tout près d’ici. Il viennent d’arriver en Allemagne, c’est leur deuxième cours avec leur enseignante, Jana Speck : « Le but n’est pas pour l’instant de leur apprendre du vocabulaire spécifique à l’industrie. Il faut d’abord en passer par des choses très simples : « comment je m’appelle, d’où je viens ». Mais bien sûr, on progresse de jour en jour, et d’ici quelques mois, ils n’arrêteront plus de parler allemand ! »

Mohammad , réfugié palestinien, vient suivre ces cours sans arrière-pensée. Pour lui, l’urgence est surtout de pouvoir se débrouiller en allemand dans la vie de tous les jours : « Je pense que l’entreprise veut d’abord nous aider. Et c’est pour ça que je dis merci pour ce qu’ils font. Ensuite, si il y a du travail ici pour moi, dans ma spécialité, je suis chef cuisinier, alors oui, pourquoi pas, je viendrai travailler ».

Cours d’allemand

Si le PDG de MKM, Roland Harings a lancé ce cours d’allemand, à ses propres frais, c’est d’abord, dit-il, par engagement humanitaire, pour participer à l’élan de solidarité. Mais bien sûr en tant que chef d’entreprise, il a d’autres idées en tête.

J’ai besoin de personnel. L’entreprise est en phase de croissance, et nous rercherchons des employés bien formés. Nous avons ici chez MKM un centre de formation important, qui forme une soixntaine de jeunes. Chaque année, nous en recrutons 20. Et nous voyons bien avec la démographie de l’Allemagne, qu’il y a de moins en moins de jeunes qui sortent des écoles. C’est particulièrement vrai dans les filières techniques. Et donc, s’il y a parmi nos nouveaux voisins des gens interessés par une formation et un engagement à long terme, la porte est ouverte !

Avec un taux de chômage au plus bas et des exportations toujours florissantes, l’Allemagne s’estime suffisamment forte pour encaisser le choc et pour absorber 500.000 réfugiés par an sur les prochaines années.

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