Au Brésil, où la Covid-19 a déjà tué près de 360 000 personnes, une forme du virus est apparue qui préoccupe les autorités comme la communauté internationale. Réputé plus contagieux, le variant P1 reste encore mal connu. Ce que l’on sait, c’est qu’il a émergé en décembre dernier dans la région de Manaus, en Amazonie.

La tombe d'une victime de la Covid, dans un cimetière de Manaus, dans le nord-ouest du Brésil
La tombe d'une victime de la Covid, dans un cimetière de Manaus, dans le nord-ouest du Brésil © AFP / Marcio James

Aucun habitant de Manaus ne vous parle des ravages du variant P1 sans évoquer la perte d’un proche. "On s’est retrouvé dans un climat de guerre, c’était la panique, la mort planait autour de nous", se souvient Marcelo Dutra. "La ville, l’État, se sont retrouvés à genoux.

Marcelo Dutra dirige une usine d’oxygène. Jamais son entreprise n’avait produit des bouteilles pour les particuliers. Mais du jour au lendemain, le 14 janvier dernier, il s’est retrouvé au centre du chaos : "Plus de 1000 personnes sont venues frapper à la porte pour acheter un peu d’oxygène. Les directeurs d’hôpitaux nous appelaient désespérés, à 10h du matin. Près de 14 hôpitaux étaient déjà en rupture d’oxygène".  

Marcelo Dutra dirige l'entreprise de production d'oxygène Carboxy
Marcelo Dutra dirige l'entreprise de production d'oxygène Carboxy © Radio France / Gilles Gallinaro

Une pénurie d’oxygène en pleine Amazonie. Aujourd’hui encore, la bombonne qui a sauvé le père, le grand père, et l’oncle de Laura, trône toujours dans sa véranda. "On n’est pas près de s’en séparer", prévient Laura. "La pandémie n’est pas terminée, il y a des rumeurs sur une 3ème vague à Manaus, donc on la garde avec nous comme une assurance vie ! C’est notre meilleure amie, elle reste bien au chaud, dans son petit coin". Laura est encore sous le choc.

"On a l’impression de vivre une apocalypse biologique, c’est terrifiant, on ne peut rien contrôler". 

Elle a dû improviser à son domicile trois unités de soins intensifs. Cette jeune évangélique remercie Dieu d’avoir offert à sa famille permis une fin heureuse au milieu de la tragédie. 

“Ce variant arrive très vite, il se répand et vous emporte… c’est ça,  le maudit P1 qui nous a frappés” 

Mais nombreux sont ceux qui restent aujourd’hui traumatisés. Joao est aujourd’hui seul à la maison avec son petit garçon de 5 ans. Après avoir voulu fuir, il a décidé de retourner travailler à l’hôpital public du 28 août, au centre de Manaus. "Je tremblais de partout, comme des montées d’angoisse qui me vidaient, je ne voulais plus travailler ici. Comment j’allais m’occuper des gens ? Alors que je n’ai même pas été capable de sauver ma femme… "

Joao a perdu son épouse, une infirmière de 38 ans. Elle s’est éteinte, au milieu des autres, au même étage que le service de radiologie où il travaille. "Pendant la première vague, on arrivait à distinguer les points d’inflammation du poumon sur les radios. Un là, l’autre ici, etc. Il n’y en avait pas tant que ça. Mais là, il y en avait partout, 50 à 60% de plus qu’avant."

Un des 24 hôpitaux de Manaus
Un des 24 hôpitaux de Manaus © Radio France / Gilles Gallinaro

Manaus, épicentre d’une nouvelle vague mondiale de la pandémie ? 

Pour des raisons sanitaires, aucun rendez-vous en présentiel n’est autorisé pour les chercheurs de la Fiocruz, l’Institut Pasteur local. Ce sont eux qui ont découvert le P1. "En moins de 4 mois, on a déjà atteint la moitié du total des victimes depuis le début de la pandémie. C’est pour ça qu’on est inquiet", explique l’épidémiologiste Jesem Orellana. Malgré leur message d’alerte sur la circulation "anormale" du virus en décembre,  les autorités ont continué de fermer les yeux, pour un résultat catastrophique, poursuit le chercheur.

"La propagation incontrôlée du variant P1 est une menace pour l’humanité, nous sommes devenus un laboratoire à ciel ouvert". 

L’absence de mesures de restrictions, l’absence de confinement a permis au virus de muter rapidement, de se renforcer au cœur de l’Amazonie. Quatre-vingt-seize nouveaux variants de la Covid 19 circulent aujourd’hui sur le territoire brésilien. L'amazonien est de loin le plus dangereux. .

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