La mosquée de Lunel
La mosquée de Lunel © Radio France / Aurélien Colly

Une quinzaine de jeunes habitants de Lunel (Hérault) sont partis faire le djihad en Syrie. Cinq sont déjà morts là-bas, faisant de cette commune de 25.000 habitants la ville française la plus touchée par ce phénomène. La semaine dernière, deux jeunes originaires de Lunel partis se battre en Syrie ont perdu la vie. Trois autres avaient connu le même sort en octobre. Au total, ils sont une quinzaine de Lunelois à avoir rejoint l'État islamique depuis l'année dernière. Triste record pour cette cité de 25.000 habitants. Et le premier constat que l'on fait en arrivant à Lunel, c'est le ras-le bol des habitants d'être stigmatisés. Dans les années 90, c'était pour des tensions communautaires. Dans les années 2000, pour de la délinquance et du trafic de drogue. Aujourd'hui, c'est pour ces jeunes djihadiste.

Alors que la situation à Lunel s'était considérablement améliorée ces dernières années. Les quartiers populaires de la Garette et des Avidos d'où venaient certains de ces jeunes ne sont pas des zones de non-droit, même si le chômage y est fort. Et si la population musulmane, qui représente un quart de la population de Lunel, y est concentrée, les vieilles tensions communautaires ont disparu, avec notamment la construction d'une mosquée.

Une réunion programmée cette semaine

Rares sont les habitants qui acceptent de parler de ces départs de jeunes djihadistes, comme par crainte de réveiller les vieux fantômes. Silence radio également du côté de la muncipalité. Elle s'est contentée d'un bref communiqué la semaine dernière : "Le départ et le décès de ces jeunes est un problème qui touche l'ensemble du territoire national et l'ensemble de la communauté internationale", écrit le maire (divers droite) Claude Arnaud, en poste depuis 2001, avant de demander aux services de l'État d'agir au plus vite et aux représentants des musulmans de Lunel de condamner ces départs.

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La préfecture, qui a déjà classé Lunel en zone de sécurité prioritaire depuis 2012, a réagi : une réunion avec le maire est programmée cette semaine. Un conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance va se tenir et un délégué du préfet va s'installer sur place à Lunel.

La responsable de la mosquée refuse de condamner... puis rétropédale

En revanche, du côté de la mosquée de la ville, les choses sont plus délicates. Lahoucine Goumri, président de l'association des musulmans de Lunel, qui gère l'édifice, a refusé vendredi de condamner le départ de ces jeunes :

Je ne condamne pas du tout ces départs. Les gens sont libres de partir ou de rester : il y a des gens qui pensent que c'est un djihad, d'autres qui pensent que là-bas il y une injustice à combattre. La mosquée n'a pas à condamner ou ne pas condamner ces départs-là.

Ces propos ont provoqué un tollé. Le préfet de l'Hérault a dénoncé "l'irresponsabilité affichée par cette autorité religieuse". Le patron de la fédération départementale socialiste, Hussein Bourgi, a dénoncé de son côté des "propos tendancieux et scandaleux, qui témoignent d'une légèreté coupable et d'une ambiguïté suspecte".

Finalement, dimanche soir, Lahoucine Goumri a publié un communiqué en contradiction totale avec les propos qu'il avait tenus vendredi, en condamnant sans ambiguïté toutes violences commises au nom de l'Islam : "Nous lançons un appel aux jeunes Lunellois qui seraient tentés d'aller combattre, de prendre conscience de la gravité des crimes dont ils pourraient se rendre complices", écrit-il.

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