Cela fera bientôt 6 mois que Perpignan, historiquement à droite, a basculé. En juin dernier, Louis Aliot s'empare de la ville, offrant ainsi au RN sa seule commune de plus de 100 000 habitants. La victoire d'un homme qui a su dépasser le socle électoral lepéniste et qui tente depuis 6 mois de ne braquer personne.

Louis Aliot, élu maire de Perpignan en juin, réforme sa ville à petits pas
Louis Aliot, élu maire de Perpignan en juin, réforme sa ville à petits pas © Ville de Perpignan

Coûte que coûte, Louis Aliot voulait maintenir le marché de Noël malgré la crise. Quelques chalets et animations pour combattre la morosité, un stationnement gratuit dans le cœur de ville en décembre, des mesures qui réjouissent la plupart des commerçants. Comme Serge, installé sur le marché, "C'est vraiment bien de sa part d'être monté au créneau."

Le centre ville de Perpignan, illuminé pour Noël
Le centre ville de Perpignan, illuminé pour Noël © Radio France / Elodie Forêt

Satisfaction aussi de Nadia Kharbouch, elle tient une boutique de prêt-à-porter dans le centre et se sent considérée par la nouvelle mairie.

"Dès les fermetures des commerces non essentiels, Louis Aliot a pris un arrêté, essayant de nous permettre de continuer à ouvrir nos commerces, explique-t-elle. On oublie clairement son bord politique, on ne juge que sur les actes et pas l'étiquette."

Louis Aliot, l'anti-Ménard

Et si les Perpignanais ont tendance à oublier l'étiquette, c'est qu'hormis un canapé bleu blanc rouge installé à la mairie, les idées du Rassemblement National transparaissent peu. Pas de mesures chocs ou identitaires, à l'inverse d'un Robert Ménard, à Béziers, en 2014. 

Louis Aliot explique : "Nous n'avons pas le même caractère, pas la même psychologie. On tombe pas non plus dans la même ville. Et c'est vrai que je n'ai pas moi un goût pour la provocation permanente. La situation sociale, économique est très délicate, très difficile. Et c'est plus un équilibre à trouver, que de créer tout d'un coup une fracture supplémentaire qui n'apporterait rien."

Pour le nouveau maire, "on a de gros sujets d'abandon dans les quartiers où il faut remettre de la sécurité pour tout le monde. Ces sujets, ce n'est pas à grands coups de menton médiatiques qu'on les traite."

Plus de sécurité et de propreté

À Perpignan, les quartiers s'appellent Bas-Vernet, Saint-Mathieu ou Saint-Jacques. Régulièrement classés parmi les plus pauvres de France.

À Saint-Jacques, 5 minutes à pied du centre ville, ambiance napolitaine, vit la plus grande communauté gitane sédentarisée. Ici, le vote RN a longtemps été nul, jusqu'en 2020. En juin, le bureau de vote 804 a voté à 55,22% pour Louis Aliot.

Nick Gimenez, un sage du quartier gitan
Nick Gimenez, un sage du quartier gitan © Radio France / Elodie Forêt

Nick Gimenez est un sage, un patriarche. Il explique les raisons de ce vote RN par un fort besoin de changement et d'écoute à Saint-Jacques, quartier miné par le chômage, la déscolarisation, l'insalubrité et les trafics de drogue. "Sur la sécurité depuis 6 mois, il y a du changement. Mais il en faut plus, réclame-t-il. On demande plus de contrôles. Pour ce qui est de la propreté, il n'y pas encore de changement. Il ne faut pas avoir peur d'aller au contact, parler avec les familles qui jettent par la fenêtre. Il faut être sur le terrain pour que ça change."

Et sur le terrain, Louis Aliot n'y est pas encore assez, regrette le patriarche. Pas une visite à Saint-Jacques depuis élection. La faute à la crise, répond la mairie, qui appellera Nick Gimenez juste après son interview pour s'assurer de son contenu. 

"Aliot, c'est de la com, que de la com"

Méfiante, la nouvelle municipalité, est accusée par une opposition de droite, toujours un peu groggy, de mener une chasse aux sorcières contre tous ceux restés proches de l'ancien maire. 

Chantal Bruzi, ancienne adjointe à la sécurité et chef de l'opposition au conseil, dénonce aussi l'hyper communication de Louis Aliot. min"De la communication, encore de la communication, et pas beaucoup d'action. Par exemple, ils viennent de mettre en place la police municipale 24h/24, vous avez des sucettes de Decaux [ndlr : de panneaux lumineux en longueur] qui sont installées dans la ville, et on vous projette Police municipale 24h/24... On affiche, on affiche, on affiche!"

"Il nous avait dit, avec moi la peur changera de camp, raconte Chantal Bruzi. Et au final, quand la peur change de camp, c'est uniquement le maire qui lui se protège, qui a trois gardes du corps, pendant que les perpignanais sont confrontés toujours aux mêmes problèmes."

Affiche police municipale 24h/24 que l'on peut voir à Perpignan
Affiche police municipale 24h/24 que l'on peut voir à Perpignan © Radio France / Elodie Forêt

Des critiques balayées par Louis Aliot, même s'il le sait, il jouera gros sur son bilan sécuritaire. Il n'y aura pas blanc-seing selon Nicolas Lebourg, perpignanais, chercheur spécialiste de l'extrême-droite. "Il a été élu par beaucoup de gens qui voulaient d'abord se débarrasser de l'ancienne mairie. Mais il est certain que si les questions sécuritaires restent dans le même état, avec les mêmes problèmes de violence qui sont endémiques ici, il ne sera pas réélu. S'il ne remet pas la ville en ordre, ce sera difficile."

Et en cas de réussite, Louis Aliot remporterait un succès local mais aussi national. Prouvant à son parti l’intérêt d’une ligne plus libérale, moins identitaire, qui ne braque ni les classes aisés, ni les classes populaires.

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