Tripoli
Tripoli © MaxPPP

Où en est la Libye, cinq ans après les premières manifestations contre Kadhafi ? Omar Ouahmane, le correspondant de France Inter au Liban, rentre de Tripoli.

C'était le 15 février 2011 à Benghazi à l'Est de la Libye. Des manifestations réprimées dans le sang et qui se sont propagées à travers le pays. Cinq ans après, la Libye est divisée. Il y a deux gouvernements : un à Tripoli qui n'est pas reconnu par la communauté internationale, un autre à Tobrouk qui lui est soutenu par l'Occident.

À Tobrouk, c'est un régime libéral modéré, alors qu'à Tripoli le gouvernement est issu des Frères musulmans, donc islamiste. Hassan, opposant de Kadhafi de la première heure n'était pas revenu à Tripoli depuis deux ans :

La situation a complètement changé. Je vois des gens très religieux, des barbus avec des vêtements traditionnels islamiques. Et ce n’était pas l’objectif de la Révolution. Ce n’était pas ce que nous demandions. Ce que nous réclamions, c’était la démocratie, la laïcité. Pas des extrémistes islamistes qui contrôlent aujourd’hui la capitale.

À Tripoli, ces islamistes ont le soutien du Qatar et de la Turquie. Ce sont les nouvelles élites issues de la Révolution, des islamistes combattus ou chassés par Kadhafi et qui ont fait leur grand retour en Libye après le changement de régime.

L'arrivée en 2014 des islamistes n'est pas sans conséquence sur la vie quotidienne des habitants de la capitale et notamment des femmes. Nora est professeure de dessin à l'université de Tripoli :

C’est à partir de 2013 que la religion a commencé à prendre de plus en plus de place dans la vie quotidienne. Un jour j’ai eu un choc. J’étais avec mes étudiantes, et nous devions peindre des portraits de femmes dans la rue. Des hommes sont arrivés, ils nous ont dit que nous n’avions pas le droit de dessiner les visages et les corps des femmes sur les murs. Ils étaient agressifs.

Omar Ouahmane a rencontré des membres de ce gouvernement de Tripoli installé par la force par une coalition de milices islamistes. Dominé par les Frères musulmans, ce gouvernement de Tripoli rejette ces accusations d’islamisme radical. Ali Abouzakouk est le ministre des Affaires Étrangères :

Nos adversaires nous décrivent comme des terroristes, comme des extrémistes. Est-ce que j’ai l’air d’un terroriste ? Franchement la question devient insultante. Dites-moi, est-ce que j’ai le droit de dire, à vous Français, pour qui vous devez voter entre les socialistes et les nationalistes ? Non, je n’ai pas le droit. C’est votre choix. Et c’est notre choix de voter pour des islamistes, des nationalistes ou des prorévolutionnaires, cela nous appartient.

C'est ce aussi ce qui fait la différence entre les deux gouvernements qui dirigent aujourd'hui la Libye. À l'ouest à Tripoli, on voit d'un très mauvais œil cette intervention militaire occidentale qui se prépare car certaines milices alliées de ce gouvernement islamiste pourraient être la cible des bombardements alors qu'à l'Est, à Tobrouk, le régime soutenu par l'Égypte la réclame dans les plus brefs délais.

Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.