C’est aujourd’hui que la commission de révision des condamnations pénales examine l’une des affaires les plus retentissantes de l’après-guerre : l’affaire Mis et Thiennot. Raymond Mis et Gabriel Thiennot, condamnés à 15 ans de travaux forcés pour le meurtre d’un garde-chasse, en décembre 1946, dans l’Indre. Les deux hommes ont toujours clamé leur innocence. Graciés en 1954 par le président René Coty, ils réclament depuis leur réhabilitation. C’est la 5ème demande en révision, depuis 25 ans. 1983, 88, 93, 96 : à chaque fois : refus de la cour de Cassation. C’est un instituteur à la retraite, Léandre Boizeaux, qui relance l’affaire en 1979 avec la publication d’un livre-enquête au titre explicite : « Ils sont innocents ». Léandre Boizeaux accède, pour la première fois, aux pièces du dossier et découvre que l’accusation repose sur du sable (interview). Car l’interrogatoire mené à l’époque par le commissaire Daraud se transforme en séance de tabassage à la mairie de Mézières-en-Brenne. Pendant une semaine, jour et nuit, les aveux de Mis et Thiennot -immédiatement arrêtés - sont extorqués sous les coups. Comme ceux de 6 autres chasseurs, considérés comme complices. Parmi eux : Bernard Chauvet et Jean Blanchet -78 et 81 ans - les souvenirs toujours à vifs (interview). Des coups constatés par médecins et gardiens de prison mais niés par les policiers. L’enquête est immédiatement orientée vers Mis et Thiennot, sous la pression du riche sucrier local, Jean Lebaudy, propriétaire du domaine où le garde-chasse Louis Boitard a été abattu. Lebaudy - qui verse un chèque de 100 000 F pour les œuvres de la police et de la gendarmerie lors des interrogatoires, comme un encouragement à trouver sur le champ un coupable. La culpabilité de Mis et Thiennot sera pourtant reconnue plusieurs fois par la justice. A trois reprises ! Trois procès en cours d’assises, à Châteauroux, Poitiers, Bordeaux, à la suite de recours en cassation. Et trois condamnations malgré l’incohérence de l’accusation. Dans les années 80, une expertise balistique contredira la version policière validée par la justice. Que deviennent aujourd’hui Mis et Thiennot ? Raymond Mis a 79 ans. Il vit à La Garde, dans le Var. Gabriel Thiennot, lui, est mort en juin 2003. Mais sa femme, Jeanine, et son fils, Thierry, réclament toujours sa réhabilitation. Partagés entre l’amertume et l’espoir que la justice fasse, enfin, son travail (interview). Et parmi les nouveaux éléments présentés devant la Cour de cassation : des témoignages désignent un probable véritable meurtrier du garde-chasse Boitard, comme l’explique, Jean-Paul Thibault, l’avocat du comité de soutien Mis et Thiennot (interview). Désiré Brunet est mort dans les années 70. Et là où l’histoire se complique encore un peu plus, c’est que plusieurs témoins évoquent aussi une possible complicité pour le transport du corps, complicité du propre frère de Gabriel Thiennot - Marcel Thiennot - marié avec la fille de Désiré Brunet. La fille Brunet qui, à plusieurs personnes, désignera son père comme le meurtrier. Et notamment lors d’un repas avec des amis en 1961, auquel assiste Guy Warin, repas où éclate une dispute. Voilà -textuellement- ce qu’il entend. La fille Brunet s’adresse à son mari (interview). « C’est peut-être mon père qui a tué le garde mais toi, tu l’as bien aidé », lance donc la fille Brunet à son mari. Face à tous ces éléments, la Commission de révision devra trancher et en cas d’avis favorable, la Cour de révision sera saisie sur l’éventuelle réhabilitation de Mis et Thiennot. Un dossier de Benoît Colombat.

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