Il y a un an, France Inter et le site internet Rue 89 révélaient d’importants dysfonctionnements au sein de la médecine du travail, notamment des détournements d’argent au bénéfice des MEDEF locaux. Suite à ces révélations, le ministre du Travail, Xavier Bertrand, avait promis de réformer le système. Un an après, où en est-on ? C’est cet après-midi, seulement, que doit se tenir la première réunion paritaire sur le sujet au MEDEF. Plusieurs médecins qui avaient accepté de témoigner dans notre enquête ont subi des pressions, des brimades, ou parfois carrément ont été contraints de quitter leur service, comme Colette Rico, médecin du travail à Pau. A notre micro, elle était revenue sur une décision de justice qui avait condamné une ancienne comptable de l’association. Colette Rico expliquait également ne pas avoir la garantie de la transparence totale des comptes. Réaction immédiate de sa direction, qui lui reproche de ne pas avoir exercé son devoir de réserve et mise à pied disciplinaire de 3 jours (interview). Colette Rico finit donc par démissionner le 26 juin 2008. Elle quitte même la région paloise, et travaille aujourd’hui en Corse. De son côté, le président de l’association paloise, Patrick Lacarrère, minimise cet épisode, et considère qu’il n’y a eu dans cette affaire « ni pression, ni chasse aux sorcières. Ces services de santé au travail donnent parfois lieu à de véritables règlements de comptes. Exemple à Nice. La directrice de l’association AMETRA O6, Sophie O’Neill, affirme avoir été débarquée par le nouveau président, Bruno Demarest, DRH du Palais des Festivals de Cannes, membre du patronat local et président du conseil des Prudhommes de Cannes. Son licenciement, Sophie O’Neill l’assimile à un abus de pouvoir (interview). Contacté, Bruno Demarest dément les accusations de « putsch » ou de mauvaise gouvernance de son ancienne directrice, et s’en remet à la prochaine décision des prudhommes sur ce litige. Nouveaux éléments du côté de la médecine du travail des intermittents du spectacle, 120 000 intermittents dont les cotisations sont collectées depuis des décennies par le CMB, le Centre Médical de la Bourse, à Paris. Selon nos informations, contrairement aux 400 services interentreprises en France, le CMB n’est pas agréé par le Ministère du Travail. Deuxième interrogation : les documents comptables 2006 et 2007 que nous avons pu consulter montrent un différentiel très important entre les cotisations payées par les intermittents et les visites médicales effectivement réalisées. Avec également l’existence, dans les comptes, d’une « réserve financière » de 5 millions et demi d’euros. Dernier constat : le CMB, qui a un statut associatif, est géré par de multiples structures : -CMB gestion, d'abord, -Robert Cano Conseil, ensuite, dirigée par l’ancien directeur général du CMB Robert Cano, -mais aussi la société « Informatique Santé Travail » (IST), prestataire de services, qui est à nouveau dirigée par l’ancien responsable du CMB. Contacté, Robert Cano n’a pas souhaité réagir publiquement, mais il assure que « tout est transparent et validé par le conseil d’administration. » Pas de réaction, non plus, de l’actuel directeur général du CMB, Jean-Marc Bezard. Un audit financier, réalisé par un cabinet indépendant, est actuellement en cours. Depuis un an, le ministre du travail, Xavier Bertrand, n’a jamais répondu à nos demandes d’entretien. Alors nous sommes allés lui poser la question mardi dernier à l’occasion des vœux à la presse. « La balle est dans le camp des partenaires sociaux », botte en touche Xavier Bertrand, quand on l’interroge sur les dérives du système (interview). Sauf que les résultats de l’enquête diligentée par la direction du Travail, à la demande de Xavier Bertrand, n’ont jamais été rendus publics. Concernant les intermittents du spectacle, le ministre renvoie la balle sur le ministère de la Culture, même s’il finit par reconnaître que ses services « ne s’en désintéressent pas. » Au moment où Xavier Bertrand s’apprête à prendre la direction de l’UMP, le dossier de la santé au travail reste plus que jamais en chantier. Une enquête de Benoît Collombat et du site internet Rue 89.

liens

Dossier spécial

Des interviews, des photos, des documents inédits.### Eco 89, le site économique de Rue 89

Contact
Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.