Avant le coup d'envoi du "grand débat" par Emmanuel Macron, les "gilets jaunes" débattent depuis maintenant depuis deux mois sur les réseaux sociaux, avec un outil particulièrement utilisé par les sympathisants du mouvement : le live Facebook. Une alternative qui selon eux favorise une information non filtrée.

Gabin Formont a créé "Vécu", un média qui s'appuie essentiellement sur Facebook Live.
Gabin Formont a créé "Vécu", un média qui s'appuie essentiellement sur Facebook Live. © Radio France / Thibault Lefèvre

Casque audio sur les oreilles et téléphone porté à bout de bras, des dizaines de gilets jaunes, filment en direct les manifestations. Inda, alias Inda-Inda sur sa page Facebook.  Quadragénaire, militante, elle vient de Pontault-Combault en Seine-et-Marne et elle retransmet tous les évenements,  depuis le 17 novembre :

C'est à nous d'être notre propre média parce que jusqu'à présent, on a vu l'envers du décor de tous les médias qui visent à manipuler l'opinion publique. Ils sont tenus en laisse. Nous, on montre la réalité et là, c'est la vérité. Ce mouvement a fait émerger des médias de rue

Des médias très variés qui n'ont pas attendu les gilets jaunes pour diffuser des événements en temps réel. L'outil existe depuis une dizaine d'années, son développement est en revanche bien plus récent. Révolution permanente est un média très à gauche qui couvre depuis un peu plus de trois ans,  les principaux mouvements sociaux. Flora Carpentier est une professionnelle du live Facebook.  Le début du phénomène date selon elle du mouvement Nuit Debout, au printemps 2016, quand des centaines de manifestants ont occupé des places un peu partout en France : "Autour de Nuit Debout, c'est vrai qu'il y avait déjà des directs. 

Facebook a changé ses algorithmes pour que les vidéos qui suscitent des commentaires soient priorisées sur le réseau social c'est-à-dire qu'elles vont avoir plus de visibilité. Les gens, ils interagissent dans les commentaires, c'est ça qui fonctionne aujourd'hui et c'est pour ça que les gens se sentent solidaires et qu'ils se sentent aussi unis

Depuis un an, Facebook favorise donc les publication des amis plutôt que celles des médias traditionnels ou des marques. Avec des communautés plus soudées mais aussi beaucoup plus cloisonnées. Pour les gilets jaunes, elles s'appellent "la France en colère", "Fly Rider infoblocage" ou encore "Vécu", avec près de 50 000 abonnées qui suivent l'administrateur de cette page, Gabin Formont : "Ça devait s'appeler 'cocu' à la base, il faut se le dire. Les médias, si c'était ma femme, je ne me sentirai pas bien quand je rentre chez moi le soir. Mais, ça n'a pas plus à tout le monde. Du coup, j'ai lancé un sondage, 'cocu' ou 'vécu' et 'vécu' ça marche très bien aussi. On a 760 recommandations en trois semaines, et il y en a deux qui sont négatives". 

Une unanimité piégeuse qui s'est retourné contre Gabin Formont. Ses abonnés n'ont pas supporté de l'entendre parler de lui aux côtés d'un journaliste de France Inter car l'interview radio a été diffusée, par soucis de transparence en temps réel sur son Facebook Live. Gabin Formont a même dû arrêter l'entretien pour s'expliquer, après avoir reçu plusieurs messages :

Les commentaires que l'on peut lire sous le live Facebook de Gabin
Les commentaires que l'on peut lire sous le live Facebook de Gabin © Radio France / Thibault Lefèvre

"J'ai un de mes administrateurs qui m'a dit que ça n'a pas plu. Alors, là, je vous explique, je réponds aux questions du journaliste. On me dit de ne pas parler de moi mais de parler des blessés. Donc si vous, vous souhaitez me lyncher pour ça, il y a un débat, nous sommes un média horizontal et du coup, on est dans l'échange. On est avec les citoyens, on est bienveillant."   

Une bienveillance qui ne rime donc pas toujours avec transparence. Face à de nouvelles critiques, Gabin Formont a été contraint de supprimer la vidéo. Quelques jours plus tard, son site internet a été attaqué. Les pirates ont pris le temps d'expliquer leur geste et ils promettent  "de mettre tout en oeuvre pour stopper les personnes médiatisées du mouvement des gilets jaunes qui prennent la grosse tête."

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