Depuis septembre, la famille Sido a posé ses valises sur l'île de Bréhat au large des Côtes-d'Armor ; le début d'une nouvelle histoire pour ces Kurdes de Syrie qui ont fui la guerre, et la fin aussi d'un parcours migratoire douloureux. Pour l'île bretonne, c'est aussi un nouveau souffle.

Paysage de l'île de Bréhat dans les Côtes-d'Armor
Paysage de l'île de Bréhat dans les Côtes-d'Armor © Radio France / Delphine Evenou

Bréhat est une île (un archipel, plus exactement) plantée au Nord des Côtes-d'Armor en Bretagne. 5 000 personnes vivent l'été sur ce bout de terre surnommé "l'île aux fleurs", mais seulement 360 y résident à l'année. Alors quand une famille s'installe, c'est un petit événement. D'autant plus quand cette famille a parcouru des milliers de kilomètres, comme la famille Sido, arrivée à la rentrée de septembre. 

Un parcours migratoire de plusieurs années

Berivan et son mari Ahmad ont quitté la Syrie, après avoir perdu leur fille aînée dans un bombardement en 2012. Ils habitaient alors un village kurde, dans le Nord du pays. La famille - qui a désormais cinq enfants - a traversé la Turquie dans des conditions difficiles (battus, et volés, ils ont passé plusieurs jours en prison), avant de traverser la mer et d'accoster sur les côtes grecques de l'île de Lesbos. Les Sido vont vivre plusieurs mois dans le camp surpeuplé et insalubre de Moria, avant de pouvoir rejoindre le continent et Athènes, où ils connaîtront la rue. 

C'est dans le camp de Moria qu'Ahmad et Berivan font la rencontre d'Anaïs, une artiste bréhatine venue à Lesbos pour faire des portraits de réfugiés et demandeurs d'asile. Ils deviennent amis, et la jeune femme s'engage à les aider. Elle leur montre des photos de Bréhat ; c'est le coup de foudre. Le réseau de solidarité se met en place. 

Trouver un logement sur une île de 360 habitants

Anaïs active ses contacts à Bréhat, et les insulaires commencent par chercher un logement, pas évident sur cette île touristique où les résidences secondaires sont nombreuses, et les habitations vacantes rares. Une bréhatine accepte de différer la vente de sa maison pour pouvoir louer à la famille Sido pendant dix mois. Le plus dur est fait. Ahmad, Berivan, et leurs cinq enfants viennent s'installer pour la rentrée des classes en septembre 2019. 

Les Sido sont hébergés dans une maison en haut de l'embarcadère de Bréhat
Les Sido sont hébergés dans une maison en haut de l'embarcadère de Bréhat © Radio France / Delphine Evenou

Grâce à deux associations, Îles Solidaires, et Bréhat vit, des dons sont collectés pour permettre à la famille de payer loyer et charges, de meubler le logement et d'avoir des vêtements. 

Berivan et ses enfants profitent d'un peu de stabilité à Bréhat
Berivan et ses enfants profitent d'un peu de stabilité à Bréhat © Radio France / Delphine Evenou

Si l'arrivée de la famille kurde syrienne n'a pas ou peu suscité d'inquiétudes, c'est aussi parce que l'île a su y voir son intérêt. Ahmad Sido, charpentier en Syrie, a par exemple une promesse d'embauche d'un chef de chantier bréhatin en manque de main d'oeuvre. Et l'école de l'île, qui comporte deux classes à plusieurs niveaux et 25 élèves, a vu ses effectifs dopés. 

"Bréhat leur apporte un environnement calme pour se reconstruire, et nous, cela nous apporte une famille, de la vie, des enfants inscrits à l'école." Maud Galland, directrice de l'école de Bréhat. 

Si les parents Sido ont encore du mal à s'exprimer, les enfants de la famille commencent eux à pouvoir s'exprimer en français, et à trouver de nouveaux repères. 

Un enfant de la famille Sido dessine son père en train de pêcher
Un enfant de la famille Sido dessine son père en train de pêcher © Radio France / Delphine Evenou
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