PACARAIMA. Première ville brésilienne située à la frontière avec le Venezuela. Seulement quelques milliers de Vénézuéliens ont choisi d'emprunter ce chemin pour fuir. En février dernier, face à la répression aussi soudaine que violente des soldats de Maduro, les Pemons, eux, n'ont pas eu le choix.

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Au plus fort de la répression, à la fin du mois de février 2019, près d’un millier de Pemons ont trouvé refuge chez les Taorepangi. La frontière n’existe pas pour ce peuple. "Ces réfugiés, ce sont des frères, ils font partie de ma famille", explique Ivanete. L'épouse du "tuxau", le chef de village, raconte le 1er jour où les Pemons sont arrivés, à pied, à travers la forêt, chassés par l’armée vénézuélienne :

Quand l’hélicoptère passait au loin, les enfants de 5 ou 6 ans allaient se cacher dans les maisons. Ils sont traumatisés. Ici, ils jouent à se tuer avec des morceaux de bois, c’est ce qu’ils ont vu en vrai, des gens se faire tuer. Même lorsque les militaires brésiliens sont venus, ils ont eu peur et sont partis se cacher.

L'école de Taru paru
L'école de Taru paru © Radio France / Gilles Gallinaro

Ce sont les soldats brésiliens qui nous ont ouvert la route pour accéder à Taru Paru. Ce village indigène surplombe une épaisse forêt, la frontière naturelle avec le Venezuela. C’est à une heure de marche d’ici que Patxi a vu sa cousine s’effondrer devant elle. "_Elle est morte sur le coup_." Patxi nous détaille la confrontation, ce jour là, entre les membres de la communauté Pemons et les forces gouvernementales :

Il n’y avait pas que les militaires, il y avait aussi les colectivos (des milices politiques de la gauche vénézuélienne, ndlr), les paramilitaires, des criminels qu'ils avaient sorti de prison (chefs de gangs qui contrôlent les centres de détention, ndlr). Ils étaient tous contre nous ! Nous on n’a pas d’arme. Eux, ils ont tiré avec des armes de guerre. Nos jeunes ont commencé à envoyer les vidéos sur les réseaux sociaux et c’est là qu’ils se sont calmés.

Le coup de sang de la garde nationale bolivarienne dans la municipalité de Gran Sabana

Pendant plusieurs jours, les indigènes Pemons et les forces du gouvernement vénézuélien s’affrontent, jusqu’à Santa Elena de Uairen, la première ville frontière à quelques kilomètres du Brésil. Patxi poursuit son récit : "Et là _ça a été un massacre total_, il y avait des tanks, des convois, les soldats tiraient sur les gens dans la rue et récupéraient les cadavres." 

Impossible de vérifier les chiffres, probablement plusieurs dizaines de personnes sont mortes à Santa Elena entre le 23 et le 27 février. 80 Pemons sont toujours portés disparus. Boris, lui, a été détenu pendant 24 heures : "Ils m’ont électrocuté sur plusieurs parties du corps, sur la jambe. Ils m’ont étalé du piment sur le visage, par vengeance, parce que je suis indigène."

Entre Brésil et Venezuela, le territoire des Pemons
Entre Brésil et Venezuela, le territoire des Pemons © Radio France / Gilles Gallinaro

De l'or, des diamants et du coltan dans les sols indigènes

L’objectif du gouvernement serait de prendre le contrôle de ce territoire. C’est ce que prétend Jorge : 

On a toujours voulu être autonomes, on ne veut pas dépendre du gouvernement, et ça, ça ne leur plait pas. Les sous-sols sont plein de minéraux, il y a de l’or, du coltan, des diamants, c’est ce qui les intéresse pour faire des affaires avec les autres pays : la Russie, la Chine...

Pas question de céder cette terre à Nicolas Maduro et ses alliés étrangers : Sergio est charpentier, il n’a pas d’arme mais se prépare à quitter Taru Paru pour repartir se battre aux côtés des siens. "Maduro, pour moi c’est un tyran ! C’est un régime qui dirige ce pays. Mais on a des jeunes, ils sont préparés. Certains sont des anciens miliciens. S’ils arrivent à récupérer des fusils, on arrivera à les repousser. On a toujours lutté pour la cause indigène, on sera aux côtés de notre peuple." Cette résistance, les Pemons vénézuéliens l’organisent de l’autre côté de la frontière, chez les Taorepangi brésiliens. 

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