Elles sont jeunes, parfois juste majeures, et partout dans le monde elles bousculent le jeu. C’est la "génération Greta". Aujourd’hui, portrait de Celia Xakriaba, Brésilienne et activiste indigène, qui incarne la préservation de l’Amazonie.

"Pare o genocid", "stop au génocide", c'est le message de Celia Xakriaba
"Pare o genocid", "stop au génocide", c'est le message de Celia Xakriaba © AFP / PABLO ALBARENGA / DPA / DPA PICTURE-ALLIANCE VIA AFP

Celia porte le nom de son territoire, "Xakriaba", une communauté de 11 000 personnes au cœur de l’État du Minas Gerais, au sud-est du Brésil. Ses yeux noirs ornés de peintures, son visage rond et jovial rehaussé d’une imposante couronne de plumes, toutes ces distinctions revendiquent l’identité de son peuple et le combat politique qu’il mène, une lutte frontale qui s’oppose au projet du président Jaïr Bolsonaro : "C'est même plus qu’un projet ! C’est une détermination à faire disparaitre les peuples indigènes du Brésil et derrière eux toute l’humanité. C’est pour cela que l’on veut alerter les autres pays." 

Et nous comptons sur la France pour que la politique de Bolsonaro soit considérée comme un "écocide", un génocide aussi contre l’Humanité. Ma conviction, c’est que nous sommes les thermomètres de ce monde : le jour où l’on s’arrêtera de respirer, le monde entier s’arrêtera. 

Une plainte pour écocide a été déposée contre le président brésilien au Tribunal pénal international. De son côté, Celia multiplie les actions de terrain pour défendre l’accès au soin des communautés devant le ministère de la Santé brésilien.

Elle se rend aussi à Berlin avec d’autres leaders indigènes, et explique : "Les grands groupes nous demandent pourquoi nous sommes contre le capitalisme" : pour interpeller des géants de la distribution sur les ravages de leur commerce sur les terres indigènes en Amazonie.

Le rôle-clé des femmes indigènes

On la retrouve enfin en août 2019 en tête de cortège de la première marche des femmes indigènes organisée à Brasilia. Une action totalement inédite, souligne Paulo Basta, chercheur spécialiste de l’Amazonie à la fondation scientifique Oswaldo Cruz : "Les femmes indigènes ont longtemps eu un rôle secondaire sur tous ces sujets, sur la politique, la démarcation des territoires, la revendication des droits. Aujourd'hui, au niveau national, ces femmes ont pris la tête des mouvements."

Les femmes indigènes sont formées, elles vont à l’école, à l’université, elles se déploient dans plusieurs secteurs de la société et incarnent une résistance aux pratiques anti-démocratiques de l’actuel gouvernement.

L’action de Celia Xakriaba, première doctorante indigène de l’histoire du Brésil, inspire et crée des vocations de plus en plus précoces malgré les menaces.
L’action de Celia Xakriaba, première doctorante indigène de l’histoire du Brésil, inspire et crée des vocations de plus en plus précoces malgré les menaces. © AFP / VANESSA CARVALHO / BRAZIL PHOTO PRESS / BRAZIL PHOTO PRESS VIA AFP

Des morts "invisibles"

Mais cette résistance à un prix : au lendemain de la première marche des femmes indigènes, Celia Xakriaba et les autres organisatrices du mouvement ont été placées sous surveillance rapprochée. "Un premier avertissement", dit-elle, qui peut rapidement conduire à une disparition dans l’anonymat le plus complet : "On se demande si on arrivera à survivre. Les homicides contre les indigènes n’apparaissent pas dans les statistiques : _nos morts sont invisibles !_"

Au nord du Brésil, la dernière femme qui parlait le dialecte de sa communauté a été retrouvé morte avec la langue coupée. On s’inquiète de cette mise en scène des homicides contre les indigènes.

"Et la libéralisation du port d’armes qu’est en train d’imposer le gouvernement Bolsonaro revient à autoriser le génocide contre les peuples indigènes. Donc aujourd’hui, nous devons donner de l’écho à cela. Quand Greta (Thunberg) dit qu’on lui a "volé son rêve, son enfance", nous, peuples indigènes, on ne sait même pas si l’on peut encore rêver, parce que très souvent, nous avons même peur de nous endormir."

Dans le sillage de Joenia Wapichana, première femme indigène aujourd’hui députée au Congrès national de Brasilia, l’action de Celia Xakriaba, première doctorante indigène de l’histoire du Brésil, inspire et crée des vocations de plus en plus précoces malgré les menaces :

Il n’y a pas de différence entre la lutte d’une jeune activiste comme moi et celle d’une jeune activiste comme Greta. Notre futur est menacé par les crimes environnementaux. L'Amazonie est en flammes ! L’Amazonie agonise dans le feu, année après année, à cause de l’irresponsabilité du gouvernement. Nous, peuples indigènes, nous enfants de la nature, nous nous battons pour notre mère la Terre. C’est la mère de toutes les luttes. 

La très jeune Artemisa Xakriaba, membre de la même communauté que Celia, se tenait aux côtés de Greta Thunberg à New York, lors de la dernière assemblée générale de l’ONU. Elle y représentait l’alliance globale des peuples territoriaux, 25 millions d’indigènes du Brésil, de Basse Amazonie, d’Amérique centrale et d’Indonésie, tous déterminés à défendre les 600 millions d’hectares de forêt native qu’ils occupent et protègent. 

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