Après plusieurs années de retard, de polémiques et de critiques, le chantier du parc éolien en mer de Saint-Brieuc a commencé le 3 mai. France Inter a pu se rendre au plus près de ce site, au large.

L’Aeolius mesure plus de 140 mètres de long. Un bateau avec à bord des engins de chantier pour forer les fondations des éoliennes.
L’Aeolius mesure plus de 140 mètres de long. Un bateau avec à bord des engins de chantier pour forer les fondations des éoliennes. © Radio France / Célia Quilleret

[actualisation à 10h30] Selon la préfecture maritime de l’Atlantique, l’Aeolius le navire qui effectue des forages en vue de l'installation des éoliennes, devrait quitter la Baie de Saint-Brieuc pour rejoindre son port, Rotterdam, suite à la fuite constatée hier soir d’une nappe d’huile de 16 km sur 3 km de large. 100 litres d’huile ont été déversés. Un navire de lutte antipollution, le « Sapeur », doit arriver sur le site ce mardi. Face à cette "pollution d'ampleur significative", la préfecture maritime de l’Atlantique a rapidement transmis les éléments observés au procureur de la République de Brest, à présent en charge du dossier.

C'est la première fois qu'une telle visite de chantier est organisée en France dans un parc off-shore. Preuve peut-être du retard qui a été pris sur les énergies renouvelables. Nous sommes à bord du "Windcat47", un bateau navette spécialement affrété pour cette visite. Le capitaine signale notre arrivée car la navigation est très règlementée. Elles est interdite aux navires extérieurs au chantier. Nous sommes à 17 kilomètres du Cap Fréhel. Pour le moment, pas d'éolienne à l'horizon, elles n'arriveront qu'en 2023. Mais nous sommes entourés de bateaux très imposants avec des engins de chantier. "L'Aéolus", un navire hollandais venu de Rotterdam, plus de 140 mètres de long, une quarantaine de large, apparaît soudain derrière la brume avec sa coque bleue. Il est perché au-dessus de l'eau grâce à quatre énormes piliers, un peu comme des échasses. A son bord, des foreuses, une bétonneuse, une grue et même un héliport pour transporter les employés dont la relève est assurée toutes les cinq semaines.

L'un des remorqueurs qui surveillent le site
L'un des remorqueurs qui surveillent le site © Radio France / Célia Quilleret

Des forages de plusieurs dizaines de mètres sous les fonds marins

"Il y a 97 personnes à bord", souligne Emmanuel Rollin, porte-parole d'Ailes Marines, l'entreprise responsable du projet, qui appartient à la société Iberdrola, premier investisseur au monde dans les éoliennes en mer. "_Ils travaillent 24 heures sur 24 pour permettre de réaliser ces forages dans les meilleures conditions possible_s". Et comme tout se passe sous l'eau, ces travaux sont difficiles à observer ! En ce moment, les foreuses creusent des trous pour poser des pieux qui supporteront les éoliennes. En tout, il faudra un an et demi pour installer ces pieux. Il en faudra trois pour chacune des 62 éoliennes qui mesurent plus de 200 mètres de hauteur ! 

Car ces travaux sont complexes. "Il y a douze mètres de marnage, c'est-à-dire de différence entre la marée basse et la marée hausse", détaille-t-il, "et la roche est très dure et hétérogène, elle est parfois vingt fois plus dure que le béton sous la Tour Eiffel", ajoute Emmanuel Rollin. Preuve de la difficulté du chantier et in fine, du prix assez élevé de l'électricité qui sera produite, autour de 150 euros le mégawatt/heure. Un tarif trois à quatre fois plus élevé qu'à Dunkerque. Ces prix étant payés par la France pour remettre cette électricité dans son mix énergétique.

Emmanuel Rollin, porte-parole d’Ailes Marines, et directeur d’Iberdrola France
Emmanuel Rollin, porte-parole d’Ailes Marines, et directeur d’Iberdrola France © Radio France / Célia Quilleret

Des câbles enterrés à 50 centimètres sous le sol

"Il a donc fallu développer des technologies spécifiques pour forer dans le sol, installer les pieux et enterrer les câbles dans les fonds marins", explique-t-il. Car, en effet, autre spécificité de ce chantier, les 90 kilomètres de câble seront ensouillés, c'est-à-dire enterrés dans les fonds, pour ne pas perturber la pêche et le chalutage. Et il y a un suivi environnemental pour surveiller les niveaux de bruit et de turbidité, "restés corrects" pour le moment selon Ailes Marines.

La pêche sera en effet autorisée entre les lignes d'éoliennes à 1300 mètres de distance les unes des autres. "Tout a été fait pour minimiser les impacts sur la pêche", assure le porte-parole, dont le discours est désormais bien rôdé depuis la manifestation du 3 mai en pleine mer. Et pas de souci pour les coquilles Saint-Jacques, ajoute-t-on en substance. "Le parc a en effet été éloigné de 6 kilomètres au nord par rapport au plan initial pour éviter le parc principal des coquilles Saint-Jacques", précise-t-il. Malgré tout, un budget de 10 millions d'euros est prévu pour dédommager les pêcheurs en cas de perte.

Un "effet récif" favorable pour la biodiversité marine

Autre crainte exprimée par certains, à propos de la biodiversité : des espèces seront-elles en danger ? Les tenants du projet assurent que non. De son côté, Nathalie Niquil, directrice de recherches au CNRS à Caen, est également assez positive sur le sujet. Indépendante de ce projet, elle a étudié l'effet des éoliennes déjà construites en mer du Nord et elle a réalisé une modélisation pour le parc normand de Courseulles-sur-Mer. 

Selon elle, les éoliennes ont à la fois un "effet récif", comme une épave par exemple, et un "effet réserve" si la pêche venait à être interdite, ce qui ne sera pas le cas en baie de Saint-Brieuc. "Avec l'effet récif", précise-t-elle, "un tapis microbien vient se fixer près de l'éolienne, puis arrivent des moules, des crabes qui se cachent, et en cascade des poissons qui viennent se nourrir". "Il n'y a donc pas de grand danger" conclut-t-elle, "même si les écosystèmes sont bien modifiés".

Et puis surtout, insiste cette chercheuse, les espèces sont bien plus menacées par la hausse de la température de l'eau et l'acidification de l'océan. Il faut donc selon elle limiter les émissions de CO2, ce qui est le but affiché du développement de l'éolien. En attendant, le chantier de Saint-Brieuc, titanesque, est loin d'être terminé. Les premières éoliennes qui arriveront du Havre en bateau seront en service dans ce parc à l'automne 2023.

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