Le président Chirac reçoit ce matin à l'Elysée une dizaine de patriarches d'Orient venus d'Irak, d'Egypte, de Palestine, de Syrie, à l'occasion des célébrations du 150ème anniversaire de l'Oeuvre d'Orient, une institution catholique fondée pour venir en aide aux Chrétiens du Levant et de Terre sainte. Même si depuis des décennies l'immigration a considérablement affaibli les communautés chrétiennes, on estime à plus de 10 millions le nombre de fidèles des Eglises d'Orient, dont au moins 7 millions de coptes en Egypte. Mais dans la conjoncture politique actuelle, les chrétiens sont plus que jamais inquiets de leur futur. Entre la quasi guerre civile en Irak, la montée des mouvements islamistes partout au Moyen-Orient, en particulier en Egypte avec les succès électoraux des Frères musulmans, et surtout en Palestine avec la victoire du Hamas, à quoi il faut ajouter la crise économique, et bien les chrétiens d'Orient sont pris entre plusieurs feux et beaucoup d'entre eux choisissent le chemin de l'exil à l'étranger, comme le constate Monseigneur Athanase Matoka, archevèque syro-catholique de Bagdad (interview). Alors la plupart de ces chrétiens irakiens trouvent refuge en Jordanie mais surtout en Syrie, pays à régime laïc. Damas est leur première destination. Mais les chrétiens syriens commencent aussi à être inquiets devant cette guerre en Irak qui pourrait avoir un effet de contagion déstabilisant pour la Syrie, comme le redoute Hind Kabawat, avocate d'affaires à Damas (interview). L'autre grand foyer de tension au Moyen Orient, c'est bien sûr la Palestine et là encore, les chrétiens sont aussi en position difficile car l'occupation israélienne se double d'une pression des islamistes et de difficultés économiques - autant d'éléments qui mettent les chrétiens sous pression, comme l'explique Constanti Shomali, professeur d'arabe à l'Université de Bethléem (interview). Dans ce tableau très sombre, il y a le Liban, où les chrétiens représentent 40% de la population et qui depuis le retrait syrien, reprennent confiance après des années de marginalisation politique. Leurs deux principaux leader, le général Aoun et l'ancien chef de la milice des Forces Libanaises, Samir Geagea, sont de retour sur la scène politique et redonnent de la voix au camp chrétien. Rosonna Bou Moncef est éditorialiste au journal Al-Nahar (interview). Globalement, les chrétiens d'Orient sont donc dans une situation difficile et leurs patriarches sont venus à Paris pour redire qu'ils font partie intégrante des sociétés orientales et que leur affaiblissement en réduisant le pluralisme communautaire, ne peut servir que les extrémistes. Un dossier de Christian Chesnot.

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