"Vive la bombe!" c'est le titre un brin provocateur d'un film qui passera demain soir sur Arte. Pour mettre au point la bombe atomique, la France a mené des centaines d'essais nucléaires, en Polynésie, mais aussi au Sahara. Le film raconte une journée particulière, celle du 1er mai 1962, le jour où l'un de ces essais a mal tourné. Une histoire entièrement inspirée de faits réels. La guerre d'Algérie vient de se terminer. Mais un accord donne encore à la France le droit, pour 4 ans, d'occuper un bout de Sahara, à Reggane. Elle continuera d'y mener ses expérimentations nucléaires jusqu'en 1966. Ce jour là, est prévu le deuxième essai nucléaire souterrain, baptisé du nom de code Béryl. En chemisettes et bermudas, avec pour seul équipement des masques à gaz et des compteurs geiger, des soldats sont envoyés dans le désert (interview). Dans le film, ils sont quatre, envoyés pour contrôler un périmètre de dix kilomètres autour du tir. En réalité, dans cette patrouille, ils étaient neuf. Michel Dessoubrais était l'un d'entre eux (interview). Des ministres de De Gaulle étaient là. Le ministre des armées Pierre Messmer, et celui de la recherche scientifique Gaston Palewski. Il s'agissait pour Messmer de pouvoir annoncer trois jours plus tard à l'Otan que la France disposait de l'arme nucléaire. On fait alors tout pour étouffer l'accident. Les images qui passent à la télévision sont celles d'un autre essai. La patrouille, qui a fini par rentrer à la base, est décontaminée, confinée, avant d'être rapatriée à l'hôpital de Percy, à Clamart, où les jeunes gens seront tenus au secret pendant 9 mois. Le beau film de Jean-Pierre Sinapi suit le destin des ces gamins, presque tous des appelés, embarqués dans une histoire qui leur échappe. Après leur sortie de l'hôpital de Percy, l'armée les oublie. 45 ans après, Michel Dessoubrais, lui, se souvient (interview). Ces faits ont été révélés grâce aux vétérans de ces essais. Il n'y a pas de révélations. Tout ce qui est raconté vient des témoignages des vétérans, qui ont fondé en 2001 l'AVEN, l'association des vétérans des essais nucléaires français. Ils parlent, mais qui les entend ? Depuis 45 ans, de procès en demandes d'indemnisations, l'armée refuse d'examiner sa possible responsabilité dans les maladies dont souffrent les vétérans. Pierre Leroy était lui aussi dans le Sahara ce jour là, à la base. Membre de l'Aven, il a aidé le producteur, Quentin Raspail, à rassembler les témoignages qui ont servi à écrire le film (interview). Les vétérans des essais nucléaires espèrent bien sûr un "effet Indigènes" pour qu'enfin un Fond d'indemnisation soit créé par l'Etat. Mais plus que l'argent, ce qui motive ces hommes aux cheveux gris, c'est la reconnaissance et la vérité. Un dossier de Corinne Audouin. "Vive la bombe !" de Jean-Pierre Sinapi sur Arte demain soir vendredi à 20H40 - avant une diffusion sur France 2 l'année prochaine.

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