Les Jordaniens balancent entre devoir de solidarité vis-à-vis de leurs voisins Syriens et le sentiment que la charge que font peser les réfugiés est maintenant suffisante.

 Des réfugiés syriens du camp de Rukban, qui se trouve à l'extérieur de la frontière entre la Syrie et la Jordanie dans le nord-est du pays, se rendent en mars pour se rendre à une clinique médicale de l'ONU qui se trouve côté jordanien.
Des réfugiés syriens du camp de Rukban, qui se trouve à l'extérieur de la frontière entre la Syrie et la Jordanie dans le nord-est du pays, se rendent en mars pour se rendre à une clinique médicale de l'ONU qui se trouve côté jordanien. © AFP / KHALIL MAZRAAWI

En Jordanie, le Haut Commissariat aux réfugiés dénombre 650 000 Syriens. Mais si l'on en croit le gouvernement, à Amman, ce sont 1,4 millions de réfugiés qui ont rejoint le royaume hachémite.

Les Jordaniens, qui ont déjà accueilli par le passé les réfugiés palestiniens et, plus récemment, les Irakiens en fuite, doivent désormais composer avec l'arrivée de leurs voisins de l'est. Des réfugiés qui vivent très majoritairement en ville, dans des conditions précaires.

Etienne Monin, pour France Inter, a visité un atelier dans un immeuble dédié au travail des Syriens. Le logement est à l’étage, les machines à coudre en sous-sol avec les travailleurs. Un lieu qui illustre l’interdépendance grandissante entre les deux sociétés et la précarité de cette relation.

Dans la ville industrielle de Sahab, au sud de la capitale jordanienne, les Syriens sont en situation légale mais embauchés au noir pour la plupart. Une preuve de plus que l'intégration des réfugiés syriens dans la société se fait dans la précarité. Si les conditions se sont assouplies, rares sont ceux qui obtiennent un permis de travail.

Pour Hélène Daubelcourt, porte-parole du Haut Commissariat aux réfugiés, la situation de certains est plus préoccupante encore :

Beaucoup de familles sont dirigées par des mères seules. Elles sont vulnérables et ont donc besoin d'assistance continue pour survivre.

Cette nouvelle vague de réfugiés syriens, après les Palestiniens, et les Irakiens, agit comme un révélateur et un accélérateur des difficultés. Les écoles et les hôpitaux sont bondés. Les prix des loyers ont également flambé au point de perturber le processus des mariages, selon Hanneen Hassouneh, urbaniste.

À Sahab, personne ne rejette les Syriens mais le pays semble avoir atteint sa limite. Ce que confirme Moussa Shteiwi, directeur du Centre pour les recherches stratégiques à l’université de Jordanie :

Le pays ne peut plus prendre aucun réfugié, de nulle part. On a été laissé seuls, c'est devenu un problème jordanien au lieu d'être un problème international.

En 2014 les procédures d’entrées et d’installations ont commencé à se compliquer. Depuis un attentat à la frontière l’été dernier les Syriens n’entrent quasiment plus.

Les réfugiés sont dans une logique de retour, mais la question est de savoir à quelle échéance. Sur la webradio Souriali, Raneem produit chaque mercredi un programme pour l’éducation des femmes. Elle ne croit pas à un changement radical de la situation, même après l’arrêt des combats.

D’après un diplomate européen, les départ massifs vers l’Europe sont aujourd’hui terminés. L’exil des Syriens passe de l’urgence à la persistance dans un pays qui a du mal à faire face malgré l’importance de l’aide humanitaire.

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