Lecteurs ou non, sympathisants de gauche ou de droite, l'existence de « Libération », c'est la garantie d'un certain pluralisme de l'information. Depuis un mois et demi, au rythme d'un conseil d'administration par semaine, les salariés de « Libération » continuent, dans l'incertitude, à sortir leur journal. Pour combien de temps encore ? Pas facile de faire un journal tous les jours quand on ne sait pas si on existera encore le mois prochain. Au central, au 7ème étage de « Libération », là où le journal se fabrique, Arnaud Aubron, rédacteur en chef adjoint à l'édition, travaille au quotidien qui est en kiosque ce matin (interview). L'ambiance oscille entre humour noir et franche déprime. Une journaliste a même lancé un Libé-thon : pour participer, il faut acheter un ticket pour l'Euromillions. Au-delà du gag, difficile de dire comment le journal sortira de cette crise. L'alternative qui se dessine, c'est soit l'acceptation d'un plan de relance financé par Edouard de Rotschild, avec à la clé de nombreux licenciements, pouvant aller jusqu'à 100 - soit la mise en redressement judiciaire, en espérant un repreneur. Alertés, les lecteurs du journal se manifestent, comme l'explique Olivier Costemalle, journaliste et président de la Société des lecteurs de « Libération » (interview). Avec ce soutien des lecteurs, on a du mal à croire que le journal puisse disparaître. On entend cette réflexion partout. Chez les lecteurs, les journalistes des autres médias... On n'arrive pas à l'imaginer. On se dit que quelque chose va arriver. Oui, quelque chose va arriver, de certain : la cessation de paiement. L'urgence se compte en semaines, peut-être en jours. Ecoutez Antoine de Gaudemar, le directeur de la rédaction, il ne s'est pas exprimé depuis le début de la crise (interview - Reportage à Libération de Benoît Collombat.) On en revient à la question de départ : que faire ? Lancer une souscription auprès des lecteurs ? Inciter d'hypothétiques investisseurs à sortir du bois ? Renaud Donnedieu de Vabres, le ministre de la culture, a annoncé hier l'application de nouvelles dispositions fiscales pour les entreprises qui investissent dans la presse. On doute que cela puisse suffire dans l'urgence. Des parlementaires PS ont demandé au pemier ministre d'intervenir dans le dossier. Côté UMP, ce n'est pas l'option défendue, même si l'on affiche une véritable inquiétude pour « Libé », comme le député Dominique Paillé, interrogé par Yann Gallik (interview). Pourtant, on peut imaginer un rôle plus actif pour l'Etat que cette posture d'attente. L'Etat pourrait prendre les choses en main, organiser le tour de table entre les actionnaires du journal, et même entrer dans son capital, via la Caisse des dépôts et consignation. Des outils existent. Pourquoi ne pas les utiliser ? Une entreprise de presse n'est pas une entreprise comme les autres : elle contribue au pluralisme de l'information. Et ça, c'est un principe constitutionnel auquel nous avons tous droit. Cela nous concerne tous. Un dossier de Corinne Audouin, spécialiste des Média à France Inter.

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