Le processus d’élection du nouveau président libanais a démarré fin septembre. L’enjeu : remplacer le pro-syrien, Emile Lahoud, qui doit quitter son poste le 24 novembre. La majorité du 14 mars, née de la grande manifestation de 2005 contre les Syriens, est pro-occidentale et veut imposer l’un des siens. L’opposition emmenée par le Hezbollah, elle, refuse. Résultat : le pays traverse une crise qui divise le pays, polarise les communautés, et pourrait générer une vague de violences. La situation est très tendue dans les esprits. Les gens ne font plus de projets, ils sont suspendus aux informations, guettant les moindres signes d’une solution. Le centre-ville de Beyrouth, reconstruit par Rafic Hariri, est fantomatique, le parlement ne fonctionne plus, les tentes dressées par l’opposition face au siège du gouvernement sont toujours là. L’ambiance est à l’inquiétude et à la morosité. Toufik est un épicier du centre-ville (interview). Au Liban, être un homme politique, surtout en ce moment, c’est risquer sa vie. La série d’assassinats depuis 2005 a traumatisé les Libanais. Dans le contexte actuel, les mesures de sécurité autour des hommes politiques sont devenues draconiennes. Beaucoup ne sortent plus, ou très peu, comme Nassib Lahoud, l’un des candidats de la majorité du 14 mars à la présidence (interview). Sur le plan politique, impasse totale : la majorité et l’opposition ne veulent pas céder sur leur candidat. Il faut rappeler que le président doit être obligatoirement un chrétien maronite, et qu’il est élu au parlement avec un quorum des 2/3 tiers des députés, même si ce point fait débat. Faute de consensus, la majorité, soutenue par les Occidentaux, est prête à passer en force en imposant l’un de ses candidats, même à la majorité absolue. De son palais de Qoraytem à Beyrouth où il nous a reçus, Saad Hariri, le fils du Premier ministre assassiné, espère encore qu’un accord sera arraché, mais pose ses conditions (interview). Et puis, il y a le rôle de l’église maronite, qui, elle aussi a son mot à dire. Le patriarche Sfeir est soumis à une intense pression pour faire connaître ses préférences : qu’il donne un ou plusieurs noms de candidats que le parlement pourrait ensuite départager. Pour le moment, il hésite, car donner une liste de noms serait descendre dans l’arène politique, avec le risque de perdre son autorité morale. Mais rester silencieux, c’est jouer avec l’avenir du Liban qui pourrait retomber dans le chaos. Paul Mattar est l’archevêque maronite de Beyrouth (interview). L’affaire est compliquée mais il y a une date butoire, le 24 novembre, la semaine prochaine, date de fin de mandat du président actuel. Quels sont les scénarios possibles ? Soit opposition et majorité trouvent un accord d’ici là et la crise est résolue, et ça, c’est très peu probable. Le pire serait le vide avec tous les dérapages possibles. Entre les deux, il y a l’élection d’une personnalité avec une courte majorité, sans grande légitimité, qui serait une façon de clore cet épisode de l’élection présidentielle, mais qui ne réglerait rien des problèmes du Liban et qui pourrait encore les aggraver redoute Pierre Abi Saab, du journal d’opposition Al-Akhbar (interview). Un dossier de Christian Chesnot et Laurent Macchietti en direct de Beyrouth au Liban.

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