**Par Ludovic Fau En reconduisant François Fillon à Matignon et en concoctant avec lui un gouvernement largement replié sur l'ex-RPR, Nicolas Sarkozy a pris le risque de mécontenter les centristes de la majorité à 18 mois de la prochaine élection présidentielle. Alors d'abord, le constat : que pèse aujourd'hui le Centre au sein du gouvernement ? La réponse est simple : pas grand chose. Dans le précédent gouvernement on comptait 7 représentants de la famille centriste. Parmi lesquels figuraient deux poids lourds : Jean-Louis Borloo, l'ex-ministre de l'Ecologie, qui était aussi le numéro deux du gouvernement et puis Hervé Morin, qui était ministre de la Défense. Poids lourds par leurs fonctions, mais aussi parce que l'un et l'autre sont chefs de parti. Jean-Louis Borloo, en effet, est le président du Parti radical, une formation associée à l'UMP. Quant à Hervé Morin, c'est le patron du Nouveau centre. C'était la situation avant le remaniement. Hier, donc, exit, Borloo, exit, Morin. Et presque tous les centristes. Puisque dans la nouvelle équipe Fillon on en compte plus que 2 : Michel Mercier, un ancien du Mouvement démocrate, qui est promu au ministère de la Justice et Maurice Leroy jusque-là député Nouveau centre qui est nommé ministre de la Ville. Et puis en creusant bien on trouve un ou deux anciens UDF, mais qui se sont coulés depuis longtemps dans le moule de l'UMP. Aujourd'hui, au sein du gouvernement, le Centre est donc bel et bien réduit à la portion congrue. - C'est ce qui explique les réactions de Jean-Louis Borloo et d'Hervé Morin qui ont annoncé leur sortie du gouvernement avant que la composition de la nouvelle équipe Fillon soit dévoilée, pour marquer leur mécontentement. Les deux cas sont différents. Jean-Louis Borloo a annoncé dès hier après-midi qu'il avait refusé de faire partie de la nouvelle équipe Fillon, alors que Nicolas Sarkozy voulait le garder, ce qui est vrai. Mais voilà, Borloo a très mal vécu d'être recalé pour Matignon. Il a donc claqué la porte. Pour Morin, c'est un peu différent. Depuis qu'il avait annoncé que le Centre devait avoir un candidat à la présidentielle, Nicolas Sarkozy avait plus ou moins décidé de s'en séparer. Voilà qui est fait. Mais le plus important, c'est que Borloo a immédiatement usé de sa toute nouvelle liberté de parole pour égratigner François Fillon. En doutant que la cohésion sociale fasse partie des priorité de ce gouvernement. Quant à Hervé Morin, il a carrément adressé une déclaration de guerre à Nicolas Sarkozy en dénonçant le retour de l'Etat RPR. Au final, la guerre pour Matignon entre Fillon et Borloo a laissé des traces. Et la majorité apparaît aujourd'hui fissurée. Résultat, du côté des amis de Jean-Louis Borloo, certains plaident déjà pour que le Parti radical s'émancipe de l'UMP. Et du côté des amis d'Hervé Morin, le président des députés centristes à l'Assemblée nationale, François Sauvadet, estime que la composition du nouveau gouvernement est tout simplement une "baffe pour le Centre". - Jean-Louis Borloo et Hervé Morin ont donc sonné la révolte du Centre. Mais que va-t-il se passer maintenant ? Les grandes manoeuvres pour 2012 vont commencer. En fait, elles ont déjà commencé. En affichant une colère très médiatique pour rompre avec Nicolas Sarkozy, Borloo et Morin tentent l'un et l'autre se poser en champion du Centre, avec l'espoir de rassembler cette famille aujourd'hui éparpillée. Pour l'instant, leurs stratégies sont différentes. Hervé Morin prépare déjà sa candidature pour 2012, tandis que Jean-Louis Borloo semble vouloir peser dans la majorité, sans forcément être candidat, officiellement au moins. Car en réalité, en claquant la porte du gouvernement, Borloo s'est bel et bien mis en situation de se lancer dans la course à l'Elysée. Déjà, chacun s'organise et ça sent la concurrence. Dès ce matin, l'ancien ministre de la Défense tiendra une conférence de presse. Sans doute l'occasion d'appeler une nouvelle fois tous les centristes à le rejoindre. Et ce soir, l'ancien ministre de l'Ecologie organisera une réunion à laquelle l'ensemble des centristes de la majorité seront invités. Bref, faute d'entente, la révolte des centristes -maltraités par Nicolas Sarkozy- pourrait vite tourner à la guerre du Centre. Une guéguerre qui pourrait mettre aux prises les trois frères ennemis du Centre : Jean-Louis Borloo, Hervé Morin, et bien sûr leur ancien ami, François Bayrou !**

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