Alors que la COP22 s'achève en fin de semaine à Marrakech, France Inter a décidé de zoomer sur la santé de précieux témoins climatiques : les glaciers français.

Le glacier de Sarrenne, ou du moins ce qu'il en reste
Le glacier de Sarrenne, ou du moins ce qu'il en reste © E. Thibert©Irstea

Béatrice Dugué s'est rendue au sommet de la station de ski de l’Alpe d’Huez, sur le glacier de Sarrenne, à 2 850m d'altitude. Il faudrait d’ailleurs dire plutôt "sur ce qu’il reste du glacier".

Emmanuel Thibert et Xavier Ravanat sont chercheur et technicien de recherche de l’IRSTEA Grenoble, l'institut national de recherche en sciences et technologies pour l'environnement et l'agriculture. Ils voient fondre, chaque jour un peu plus, leur sujet d'étude.

Une fonte qui accélère depuis les années 80

Le glacier de Sarrenne s’est développé au petit âge de glace, entre 1650 et 1850, comme la plupart des glaciers des Alpes. Emmanuel Thibert explique : "Il faut imaginer que les sommets rocheux qu’on voit au-dessus de nous, ils émergeaient à peine au début du XXe siècle".

Tous les glaciers - ceux de Suisse, d'Autriche ou d'Italie compris - perdent de la masse depuis un siècle et demi, parce que notre climat se réchauffe. Sauf que le phénomène s'accélère depuis les années 80, manifestement à cause de l'homme, au point d'affoler les modèles climatiques, précise Christian Vincent, ingénieur de recherche au laboratoire de glaciologie et de géophysique de l'environnement à Grenoble : "ce qui permet à la communauté scientifique de dire qu’il y a une part de responsabilité de l’homme dans le réchauffement climatique, ce sont les modèles climatiques. Et dans ces modèles, si on n’inclue pas les gaz à effet de serre, on n’arrive pas à reproduire les températures observées."

Les glaciers des Alpes sont de bons outils de climatologie

Ils ont très sensibles aux températures et aux précipitations, donc aux changements climatiques. Ca explique pourquoi les scientifiques mesurent leur l’évolution depuis plusieurs dizaines d'années, depuis 1949, même pour le petit glacier de Sarrenne. Emmanuel Thibert et Xavier Ravanat relèvent par exemple, ce jour-là, des balises qui permettent justement de suivre sa masse : "un système assez rustique mais efficace depuis 1949 " expliquent-ils en montant une balise sur laquelle on constate la rapidité de la fonte "depuis septembre 2016, on a perdu 18 cm". Des bilans spectaculaires"la période de fonte estivale est plus précoce et tardive d’au moins 15 jours donc on a un mois de fonte supplémentaire et au cœur de l’été la fonte est aussi plus intense. Le changement de la vitesse de fonte est un indicateur du réchauffement du climat sur la deuxième moitié du XXe siècle et le début du XXIe".

Des glaciers fondus, ça ne va pas juste faire moins joli dans le paysage

Ça signifie moins d’eau dans les rivières, la formation de lacs d’altitude qui peuvent déborder et menacer les vallées. Le lac du glacier de Tête Rousse au-dessus de Saint Gervais a déjà dû être purgé en urgence-. Risques d'éboulement. Et si le réchauffement se poursuit au point de déstabiliser les glaciers d’altitude, à plus de 3500 mètres les communes des Houches et de Chamonix par exemple, seront sous la menace directe du glacier de Taconnaz, dans le massif du Mont Blanc, prédit Christian Vincent : Il y a des habitations à l’aval, qui peuvent être potentiellement menacées. On installe, dans des forages installe des capteurs pour suivre la température interne du glacier pour savoir quand ce glacier pourrait devenir tempéré à zéro degré. A mon avis, il faut surveiller ce glacier de très près.

A Sarenne, 2850 m d'altitude, il reste une dizaine de mètres de glace, au plus gras du glacier, si je puis dire. Au rythme actuel, il aura disparu d'ici quatre à six ans.

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