Expérimentée actuellement dans 240 collectivités, l'extension des consignes de tri sera appliquée à 100% du territoire d'ici 2022. Tous les emballages en plastique, bouteilles ou pots de yaourts, finiront dans la poubelle jaune. Mais pour l'instant, qui dit meilleur tri ne veut pas forcément dire recyclage optimal.

Les tapis font passer les déchets à travers un tri mécanique et optique
Les tapis font passer les déchets à travers un tri mécanique et optique © Radio France / Adrien Toffolet

En France, voila plus de 20 ans que sont martelés et développés les dispositifs de tri des déchets : poubelles jaunes, poubelles bleues, poubelles pour tout le reste des déchets ménagers, tout ce qui n’est pas ménager va à la déchetterie, tous les déchets végétaux à la "végetterie". Les campagnes de communication sur le sujet sont nombreuses depuis le temps. Pourtant, d’après la dernière étude Ipsos pour Citeo, seulement trois quarts des Français connaissent les consignes de tri. Plus gênant, la moitié des Français trie de façon systématique.

Comment faire alors pour que cette moitié des Français adopte le geste tri ? Le gouvernement a choisi de simplifier les choses. La Loi de transition énergétique de 2015 impose progressivement aux collectivités d’étendre leurs consignes de tri. Papiers et cartons, tous les emballages en plastique, les briques et les emballages en métaux et aluminium, tout va désormais dans la seule poubelle jaune. 250 collectivités locales sont concernées d’ici la fin de l’année, et 100% du territoire avant fin 2022. 

Moderniser les outils de tri

Pour les centres de tri, cela demande de gros ajustements. Il faut non seulement plus de place pour accueillir le surplus de déchets à traiter entraîné mais il faut également moderniser les outils de tri. A Limeil-Brévannes dans le Val-de-Marne, le centre de tri a été refait pour passer d’une capacité de 20 000 tonnes de déchets traités par an à 60 000 tonnes.

Un hangar réceptionne les déchets depuis les bennes de collecte
Un hangar réceptionne les déchets depuis les bennes de collecte © Radio France / Adrien Toffolet

Avec de telles quantités, le process est presque entièrement automatisé. "Les déchets sont réceptionnés sur une aire de déchargement et de réception des collectes. Ils vont alimenter un système de tri mécanique pour séparer tous les papiers, le carton, le plastique et le métal, en fonction de leur taille", explique Guillaume Surier, directeur commercial flux et négoce pour Suez Recyclage et Valorisation, propriétaire du centre.

La nouveauté, c’est le développement des machines de tri optique qui vont analyser précisément la composition de tout ce qui passe sur les tapis : "ça permet d’orienter les déchets vers une destination isolée pour chaque type de résine plastique, d’évacuer notamment les films plastiques et de corriger les erreurs de tri mécanique. Avec un petit système d’éjection par air, on va diriger au bon endroit la bonne matière." En bout de chaîne, des équipes de personnes assurent un contrôle manuel et l’affinage du tri. Sur ce site, on obtient 13 flux de matières différents qui sont envoyés vers "des unités de régénération, de revalorisation". 

7 emballages sur les 10 sont recyclés

Citeo (ex Eco-Emballages) est l’organisme qui collecte l’écotaxe auprès des industriels qui mettent les emballages sur le marché et qui organise la récupération, le tri et le recyclage de tous les emballages ménagers et de tous les papiers. Pour eux, les effets de l’extension des consignes de tri a déjà des effets concrets. "La collectivité sur laquelle est située le centre de tri de Limeil-Brévannes a augmenté ses collectes sélectives de 20%. Et ça comprend 60% de plastiques en plus", précise Jean-Paul Simunic, responsable des opérations de Citeo sur le Val-de-Marne. De quoi rassurer tous les acteurs impliqués après des investissements de modernisation qui s’élèvent à plusieurs centaines de millions d’euros.

Ce qui est trié par les machines est ensuite vérifié à par des employés
Ce qui est trié par les machines est ensuite vérifié à par des employés © Radio France / Adrien Toffolet

Mais il n’y a pas que la quantité de déchets à traiter qui a poussé à la modernisation des équipements. Il fallait aussi s’adapter aux nouvelles matières, aux nouveaux mélanges de résines et d’adjuvants utilisés par les industriels dans la confection des emballages. À ce niveau la tâche est plus complexe reconnaît Jean-Paul Simunic : "la dernière étape de notre dispositif, c’est de développer les filières de recyclage où sont envoyées ces balles. On arrive à recycler sept emballages sur les 10 qui sont mis sur le marché. On est en train de suivre des projets pour le polystyrène notamment, comme les pots de yaourts et les pots de crème. C’est plus compliqué que le reste des matériaux."

Des efforts attendus de la part des industriels

Concrètement, cela veut dire que c’est aux recycleurs de s’adapter continuellement aux flux de déchets qu’ils peuvent recevoir et non aux industriels d’utiliser des matériaux facilement recyclables. Même si de gros progrès ont été faits, il manque encore de centres de tri adaptés et de techniques de recyclages. Un problème dénoncé par les associations écologistes. "Le souci qu’on a avec de nombreux types de plastiques, comme le polystyrène du pot de yaourt par exemple ou les résines souples et les films alimentaires, c’est qu’ils ne sont pas toujours recyclables. Soit parce qu’on n’a pas le procédé technique qui permet de la faire à grande échelle, soit parce qu’économiquement ce n’est pas suffisamment rentable", explique Flore Berlingen, directrice de l’association Zero Waste. 

Et d’ajouter : "l’effort des industriels doit porter sur l’amélioration du recyclage, mais il doit être aussi dans un meilleur choix de matériaux. Si les résines utilisées ne sont pas recyclables, il faut changer et revenir à des matières recyclables. Il y en a, elles sont disponibles. Malheureusement, on observe encore aujourd’hui des industriels utiliser de nouveaux matériaux pour lesquels il n’existe aucune filière de recyclage."

Les balles de déchets triés
Les balles de déchets triés © Radio France / Adrien Toffolet

En attendant, que deviennent les déchets qui ne sont pas recyclés ? Leur sort n’a rien d’écologique, ils sont stockés, brûlés ou enfouis. Si aujourd’hui encore, trier n’est pas recycler, la marge de progrès en la matière ces dernières années est à souligner. Flore Berlingen : "il y a une amélioration au niveau du geste de tri, même si on observe une stagnation ces dernières années. Les centres de tri se modernisent, ce qui est bien aussi. Mais tout cela ne permet pas encore de recycler l’ensemble des emballages aujourd’hui. On a besoin du geste de tri, on a besoin du procédé technique et on a besoin d’une filière qui soit soutenable économiquement. Si ces trois éléments ne sont pas réunis, il n’y a pas recyclage."

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