L’économie russe va mieux depuis quelques années. A tel point que l’on parle de l’émergence d’une classe moyenne en Russie. C’est le serpent de mer de l’économie russe. La classe moyenne synonyme d’entrée de la Russie dans l’économie de marché et la prospérité serait enfin là. Pour preuve, la multiplication spectaculaire à Moscou des grandes surfaces. Les embouteillages moscovites sont terrifiants et les Russes se ruent en vacances a l’étranger. Oleg a 35 ans, habillé à la derniere mode urbaine comme à Londres, Paris ou New York, il est comptable et se revendique de cette classe moyenne. Tarduction d'Oleg : « Bien sur, ces dernières années, cela saute aux yeux que la classe moyenne existe en Russie. On le voit rien qu’en faisant ses courses dans les supermarchés. Les gens achètent plus, il y a plus de choix, les produits sont présentés d’une manière agréable dans les rayons. Des fois, même si tu ne veux pax acheter, tu ne peux pas te retenir de le faire. Chez nous, en Russie, la vie est encore difficile, mais cela dit la vie continue, elle s’améliore. Certains, certes, se rappellent de l’URSS et pensent qu’il y avait de bons cotés, mais en général notre vie s’améliore et il faut vivre sa vie. Moi-même à une époque, je ne pensais pas pouvoir un jour aller en vacances a l’étranger. Et aujourd’hui j’y vais régulièrement, je peux désormais me le permettre » L'un de ces nouveaux temples de la consommation de masse : le Quartier Novoslobodskaia au centre de Moscou. Natalia Demeniuk est la directrice d’un supermarché de la chaîne russe Perekrestok. Pour elle, c’est également une évidence, la classe moyenne russe existe et elle se rue dans son magasin Traduction de Natalia : « Je pense que cela fait deux ans qu’il existe une classe moyenne en Russie. Nous nous en apercevons dans les achats de nos clients. Ce sont des gens qui peut-être ne gagnent pas des fortunes, mais qui ne veulent pas acheter des produits de bas de gamme et qui se préoccupent de la qualité des produits. Ils acceptent de payer plus cher, si la qualite est là. En semaine, nos clients achètent plutôt les produits de base : pain, produits laitiers, fruits et légumes et la viande. Mais le week-end, ils pensent à d’autres articles comme l’alcool et ils recherchent les nouveautés. En fin de semaine, les gens peuvent se permettre de passer plus de temps pour leurs achats » Un comportement très proche de celui de la classe moyenne occidentale. La Russie est elle entrée de plein fouet dans la société de consommation de masse ? Pas certain pour Vladimir Rimski, sociologue à la fondation des sciences de l’information pour la démocratie. Traduction Vladimir Rimski : « La classe moyenne en Russie, c’est une construction théorique. Les différents chercheurs utilisent différents paramètres pour faire rentrer dans la classe moyenne ceux qu’ils souhaiteraient voir faire partie de cette classe moyenne. Si l’on utilise les critères habituellement pris en compte en Amérique du Nord ou en Europe occidentale, il n’y a pratiquement pas de classe moyenne chez nous ! Sur 145 millions d’habitants, on compte a peine un million de personnes dans la classe moyenne. » Le régime de Vladimir Poutine se sert souvent de l’émergence de cette fameuse classe moyenne pour prouver la justesse de sa politique économique. Pourtant pour Vladimir Rimski, la petite classe moyenne russe est égoiste et se désintéresse de la politique. Traduction Vladimir Rimski : « Ces gens n’ont pas de préférences politiques particulières ou même souvent, ils sont totalement apolitiques. Ils ne votent pas, ils ne manifestent pas et ne s’occupent que de leurs vies privées. Le grand problème par exemple pour le pouvoir est d’attirer les jeunes vers la politique. La jeunesse des classes populaires ne fait pas de politique car elle essaient simplement de survivre, et les jeunes des classes moyennes sont également occupés, mais à vivre leur vie. Lorsque l’opposition libérale lors des dernières législatives a fait sa campagne sur internet, cela a marché très fort auprès des classes moyennes et tout le monde pensait qu’ils allaient avoir de bons resultats au scrutin et parviendraient à avoir des députés. Mais en réalite, quand il a fallu agir, voter, manifester, ces gens là ont préféré aller s’amuser. » Pourtant, dans toutes les enquêtes d’opinion, l’immense majorité des Russes se déclarent pauvres. Un sentiment, ou une réalité, partagé par de nombreux retraités. Svetlana a 75 ans, elle est ingénieure en retraite et elle a du mal à joindre les deux bouts. Traduction Svetlana : « Pour les retraités, cela ne va pas très bien. Même si l’on augmente régulièrement les retraites, cela ne suffit pas pour aller acheter au supermarché. A coté de chez moi, il y a même des magasins d’alimentation où les prix sont incroyablement élevés. Pour les retraités, le niveau de vie n’augmente pas, les loyers sont en hausse, et les services sociaux sont également de plus en plus coûteux. » Il y a donc un envers du décor. D’après les chiffres officiels russes, 3% de la population de Moscou vit en dessous du seuil de pauvreté, mais ils sont 56% dans certaines régions deshéritées. Les inégalités sont donc encore criantes, en particulier en ce qui concerne l’accès aux soins. Tatiana Mamontova, présidente de l’association humanitaire « A coeur ouvert » : Traduction Tatiana Mamontova : « C’est un problème à cause du prix élevé des médicaments, par exemple pour la vaccination contre l’hépatite, le traitement pour les séropositifs ou encore la lutte contre la tuberculose qui comme vous le savez est en pleine recrudescence en Russie. Je ne parle même pas des équipements dans les hôpitaux et les cliniques des régions, ces materiels ont entre 20 et 30 ans. » Pour l’opposition démocratique, l’amélioration du niveau de vie en Russie est en trompe l’oeil, car ce développement est basé uniquement sur les prix du pétrole et non sur des réformes structurelles. Pendant ce temps, la nouvelle classe moyenne russe ne se pose pas de question, elle consomme et s’endette. Un dossier de Bruno Cadène, correspondant à Moscou en Russie.

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