L'habitat partagé séduit de plus en plus de Français. Ces espaces collectifs autogérés sont devenus une véritable alternative à la propriété. Reportage à Montreuil, près de Paris.

Le Cub, immeuble d'habitat participatif à Montreuil
Le Cub, immeuble d'habitat participatif à Montreuil © Radio France / Xavier Point

Il reste encore marginal dans notre pays, mais l'habitat partagé gagne du terrain. En France, on recense aujourd'hui près de 300 projets d'habitat participatif. En période de crise, ce modèle qui permet aux habitants de concevoir eux-mêmes leurs logements avec des espaces collectifs autogérés, est devenu un autre moyen d’accéder à la propriété.

A Montreuil, les premiers logements collectifs ont vu le jour dans les années 50. Aujourd'hui, la ville compte une dizaine de projets d'habitat participatif déjà achevés ou en cours de réalisation.

Par exemple le Cub : construit sur un terrain vendu par la municipalité, ce petit immeuble est sorti de terre l'an passé. Avec 13 appartements reliés par de larges coursives, une salle commune au rez-de-chaussée et un jardin partagé sur le toit, avec tomates, pommier, framboises où les habitants aiment se retrouver autour d'un apéro ou d'un barbecue. Ici, les habitants se réunissent une à deux fois par mois pour organiser la vie de l'immeuble. Ils assurent eux-mêmes toutes les tâches quotidiennes : de la gestion des poubelles à l'entretien des parties communes.

Le Cub à Montreuil, vue intérieure
Le Cub à Montreuil, vue intérieure © Radio France / Luc Boegly

Laurence, habitante du Cub :

Il y a des commissions par thème ménages, jardins. On y gagne en charge sans frais de ménage ni syndic même si ce n’est pas toujours simple de partager les tâches équitablement.

Presque tous propriétaires, les habitants du Cub ont également intégré à leur projet deux logements sociaux gérés par l'association Habitat et Humanisme, qui accueillent des locataires en difficulté. Une volonté de mixité sociale mais aussi générationnelle.

Alenka Sver, 72 ans, est la doyenne de l'immeuble :

D’emblée, l’idée m’a plu, à cause de cette partie solidaire et intergénérationnelle. Par exemple, il y a une petite fille dans l’immeuble, qu’on me demande souvent de garder. Il y a des liens : s’il y a des difficultés, on peut sonner à la porte et demander de l’aide.

Un cadre légal pour l’habitat participatif

En France, l'habitat participatif dispose désormais d'un cadre légal depuis l'adoption de la loi ALUR en 2014. Cette loi pour l'accès au logement a permis de fixer les règles juridiques qui manquaient à ce type d'habitat encore expérimental. Les futurs occupants peuvent se regrouper au sein d'une coopérative ou d'une société d'autopromotion pour bâtir leur projet.

 Le Cub, vue des balcons
Le Cub, vue des balcons © Radio France / Luc Boegly

A Montreuil, les habitants du Cub ont travaillé pendant 4 ans avec un promoteur immobilier qui s'est spécialisé dans l'habitat partagé.

Xavier Point, promoteur du Cub :

Les habitants ont participé dès le début, pour intervenir sur le cahier des charges. On a travaillé sur leur mode de vie, comment circuler ou habiter dans leur lieu, et avec l’architecte on a proposé quelque chose au fur et à mesure des ateliers, pour arriver à quelque chose qui leur ressemble.

En période de crise, une bonne alternative pour devenir propriétaire

Face à la crise du logement, l'habitat groupé intéresse de plus en plus les collectivités locales. La ville de Montreuil s'est même fixée un objectif pour les prochaines années: faire en sorte qu'au moins 5% des nouveaux logements soient construits sur ce modèle participatif.

Gaylord Le Chequer, chargé de l'urbanisme à la mairie de Montreuil :

C'est une volonté collective de la part des habitants, mais aussi des promoteurs qui ont compris qu’il y a nécessité de se battre contre la loi du marché immobilier. L’habitat participatif, ce n’est pas de l’habitat pour Bobos, mais c’est du vivre-ensemble, une dynamique sociale et environnementale

Sur le sujet, la France a, malgré tout, encore beaucoup de retard par rapport à certains de ses voisins européens comme l'Allemagne et les pays scandinaves, où l'habitat partagé représente près de 20% du parc immobilier.

Collectif d'animation de l'habitat participatif en Ile-de-France : www.habitat-participatif-idf.org

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