Difficile de s'en rendre compte, mais une partie des élus locaux sont actuellement en campagne pour les élections sénatoriales du 27 septembre prochain. Elles doivent permettre de renouveler la moitié de la Haute assemblée.

La moitié de la Haute assemblée doit être renouvelée avec les sénatoriales, le 27 septembre 2020.
La moitié de la Haute assemblée doit être renouvelée avec les sénatoriales, le 27 septembre 2020. © AFP / Lionel Bonaventure

Vous ne l’avez peut-être pas remarqué, mais nous sommes... en pleine campagne électorale ! Le 27 septembre, ce sont les territoires qui votent car se tiennent les élections sénatoriales. Appelés aux urnes, les grands électeurs (c'est-à-dire les conseillers régionaux, départementaux, maires ou conseillers municipaux) doivent renouveler la moitié du Sénat, dominé par la droite. Un scrutin qui pourrait affaiblir la majorité présidentielle après l'échec des municipales. 

Pour tenter d'éviter la catastrophe, François Patriat, chef de file des macronistes au Sénat, sillonne les routes de son fief, la Côte-d'Or. Il passe de mairie en mairie, 30 minutes montre en main à chaque fois, pour tenter de convaincre les élus de voter pour lui. Comme à Pluvet, 437 habitants. "Ce qu'on veut ce sont des élus proches de nous", témoigne le maire Emmanuel Pontillon : 

"Peu importe l'étiquette politique, on va surtout voter pour une personne, pour le territoire." 

À 77 ans, François Patriat, ancien Rocardien, ministre sous Lionel Jospin, a été élu au Sénat en 2008 avec l'étiquette socialiste. Il est aujourd’hui patron du groupe La République en Marche. "J'ai le sentiment d'être en cohérence avec mes convictions d'origine", estime-t-il. 

Marathon séduction

Dans sa voiture de location orange, celui que l on surnomme "Fan-fan" repart en trombe à travers champs. Une course effrénée amuse son ancien ami, le socialiste, François Rebsamen, maire de Dijon, qui confirme : "C'est une bête de campagne, François Patriat." François Rebsamen, homme fort de la métropole dijonnaise, soutient la candidate du PS, Colette Popard. "La stratégie c'est de passer le temps qu'il faut avec chaque élu. J'essaie de convaincre."

Un marathon séduction auprès des maires, de leurs adjoints, mais aussi des élus des assemblées départementales et régionales. En Côte-d'Or, 1 643 grands électeurs doivent designer trois sénateurs. Des votants qui se connaissent tous très bien. "C'est une élection obligatoire", précise Michel Verpeaux, professeur de droit public. "On fait la queue pour voter, les gens s'habillent bien, c'est un événement... Une élection, non pas entre soi, mais pas ouverte au grand public."

D'ailleurs, il est souvent question de promesses et de pactes en coulisses, témoigne Pierre Bodineau, ancien grand électeur. "Quand on a des arguments à faire valoir sous forme d'aides à tel dossier, on peut faire des petits cadeaux comme des présidences de commissions, etc." 

Prendre le pouls

Ce scrutin indirect est aussi (et surtout) l'occasion de prendre le pouls des régions et, pour les représentants de la France des territoires, d'envoyer un message, confirme le président du département, l'UDI François Sauvadet. "Evidemment que ce doit être un signal fort. Les grands électeurs veulent autre chose que la Macronie, ils vont l'exprimer dans les urnes, j'en suis sûr."  

Il faut entendre la complainte d une ruralité qui se dit "ignorée" et "snobée", affirme la sénatrice centriste sortante Anne-Catherine Loisier. "On leur a enlevé des pouvoirs, des compétences, des ressources. Mais on a bien vu avec le Covid combien il était précieux d'avoir des responsables de proximité." 

Des arguments qui ne freinent pas François Patriat ("j'aurais trop regretté de ne pas y aller") mais qui ne l'empêchent pas de cogiter. Les nuits d'insomnie, il attrape son carnet de campagne, coche des cases, compte et recompte les voix une à une, pour évaluer ses chances de réélection.

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