C’est aujourd’hui que Denis Gautier-Sauvagnac, l’ancien président de l’Union des industries et des métiers de la métallurgie, est convoqué chez le juge d’instruction dans l’affaire de l’UIMM. L’enquête doit déterminer ce qui se cache derrière la fameuse « fluidification des relations sociales ». La première piste c’est celle du financement des syndicats. Seuls quelques témoins acceptent de lever un coin du voile, comme Jean-Claude Duret, entendu par les enquêteurs. Le 28 juillet 98, ce délégué CTFC chez Thomson participe à une réunion au siège de l’UIMM, avec tous les syndicats. Le patronat souhaite alors revoir à la baisse la convention collective des cadres. Jean-Claude Duret n’est pas d’accord, il claque la porte, quand : surprise… (interview). Jean-Claude Duret sera écarté des réunions suivantes et lâché par son propre syndicat. L’autre piste, c’est celle du financement politique. Roland Muzeau est député communiste des Hauts-de-Seine, ancien sénateur, et il se souvient parfaitement du « lobbying » très actif de l’UIMM, en octobre 2004, au Sénat, avec toute une batterie d’amendements pour modifier notamment le licenciement économique - des amendements remis par un collaborateur de Denis-Gautier Sauvagnac (interview). Comme l’épisode est rendu public, ces amendements sont finalement retirés. A l’époque, ils ont été défendus par des parlementaires de l’UMP et du RDSE, le Rassemblement démocratique social européen. Ces pratiques ne datent pas d’hier. C’est ce que confirme l’ancien ministre gaulliste, Jean Charbonnel, ex-président de la Commission des finances à l’Assemblée, au début des années 70. Lui aussi a été témoin d’étranges pratiques (interview). Des « amendements sous influence », mais aussi un financement du patronat vers les partis politiques, y compris à gauche, comme le révèle aujourd’hui le même Jean Charbonnel, ministre de l’Industrie de 72 à 74. C’est François Ceyrac qui dirige alors le CNPF (Conseil national du patronat français) et l’UIMM (interview). Rappelons qu’à l’époque, aucune loi n’encadrait le financement politique. Cette stratégie d’influence du patronat ne se borne pas à la sphère syndicale ou politique, comme le montre, par exemple, ce colloque organisé en octobre 96, au Mont-Saint-Michel, un partenariat entre l’UIMM, le rectorat de Caen et l’enseignement catholique. Un séminaire de 4 jours consacré à l’orientation scolaire, l’occasion de faire passer quelques messages sur l’entreprise et l’apprentissage, en présence de Dominique de Calan, le délégué général adjoint de l’UIMM, aujourd’hui mis en examen. Georgette Hamonou, professeur de français, est venue en curieuse à ce colloque, au standing plutôt élevé (interview). Qui a payé un tel séminaire ? Les responsables du rectorat de l’époque expliquent, un peu embarrassés, avoir uniquement pris en charge le transport. Quant au président de l’UIMM de l’époque, il assure ne pas s’en souvenir, tout en précisant, que l’UIMM avait vocation à financer « une part non négligeable » d’un tel colloque. Une enquête de Benoît Collombat.

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