Avec près d'un an de retard - l'ouverture était initialement prévue en juin 2017-, le nouveau palais de justice, plus grand tribunal d'Europe, ouvre ses portes aujourd'hui, dans le quartier des Batignolles, au nord-ouest de Paris.

Le nouveau Palais de Justice de Paris, conçu par l'architecte italien Renzo Piano, dans le quartier des Batignolles
Le nouveau Palais de Justice de Paris, conçu par l'architecte italien Renzo Piano, dans le quartier des Batignolles © AFP / Christophe ARCHAMBAULT

Le déménagement va s'étaler pendant plusieurs semaines, mais c'est aujourd'hui qu'arrivent les premiers magistrats, greffiers, fonctionnaires de police et qu'a lieu la première audience dans cet immense édifice de verre - 38 étages, 160 mètres de hauteur-, immeuble le plus haut de Paris après la Tour Montparnasse.  Une "ville verticale", selon son architecte Reno Piano, amenée à accueillir jusqu'à 9000 personnes par jour.

L'arrivée se fait dans l'immense salle des pas perdus, sorte de cathédrale de verre, ses portiques de sécurités, dimensionnés pour que l'attente, y compris aux heures de pointe, ne dépasse pas une minute. L'entrée se fait de plain pied. "Ce bâtiment a pour thème principal la lumière naturelle", explique Bernard Plattner, architecte associé de Renzo Piano. "La lumière naturelle pour rendre un palais de justice le plus accueillant possible le plus possible pour tous ceux qui sont convoqués et normalement, ils ne viennent pas par pur plaisir. Un palais de justice doit être majestueux, il doit un peu impressionner, mais pas oppresser. Donc la première grande différence c'est que cette salle des pas perdus, elle est au niveau de la rue. On ne monte pas les marches pour atteindre la justice. "

Une facture de près de 2,5 milliards d'euros

Un nouveau palais qui coûtera près de 2 milliards et demie d'euros.  Soit, si l'on compte les frais de fonctionnement : 85 millions d'euros par an jusqu'en 2044.  Alors à ce prix-à, c'est sûr, fini les fuites d'eau, les greffiers qui travaillent en sous-sol ou sous les toits. Place aux belles terrasses : près d'un hectare de jardins suspendus, essentiellement plantés de chênes verts. 

90 salles d'audiences

Place aussi aux 90 salles salles d'audiences, multiéquipées : ordinateurs, grands écrans etc.  On en comptait 26 jusqu'à présent dans le vieux palais pour une centaine d'audiences par jour. 

On retrouve ainsi des petites salles autour d'une table arrondie, pour favoriser la médiation dans les affaires de divorce, par exemple, jusqu'à la grande salle disposée à accueillir 250 personnes pour les procès les plus médiatiques.  Et puis, si l'on monte dans les étages, les zones dévolues au parquet, à l'instruction, aux chambres d'instruction etc. 

Là, les choses ont été pensées pour favoriser les contacts entre magistrats Le procureur de Paris, lui-même, François Molins s'est d'ailleurs impliqué dans ses réflexions géographiques avant son emménagement au 26e étage.   "Ca va nous permettre de regrouper toutes les équipes qui pourront travailler d'avantage ensemble. On a regroupé sur le même étage la section antiterroriste, la section des affaires militaires, la section du droit pénal humanitaire, et la section cybercriminalité.  Il est évident qu'il a fallu tirer les conséquences de la menace terroriste et de tout ce qui s'était passé en 2015 donc on a des allées de circulation qui ne se croisent pas. Vous avez des allées de circulations empruntées par les justiciables, qui ne croiseront pas celles empruntées par les professionnels, qui ne croiseront pas celles empruntées par les détenus et les fonctionnaires de police. C'est ça qui fait qu'on arrive à des hauts niveaux de sécurité. "

Des avocats "humiliés"

Qui dit circuits particuliers et plus de sécurité, dit aussi badges, interphone et déplacements bien plus difficiles.  Et chez les avocats, ça grincent, comme les vieux parquets de l'ancien palais. D'ailleurs, on leur a expliqué lors d'une visite : "là où il y a de la moquette, c'est pour les magistrats.

Alors certains se disent "humiliés", qualifient ce nouveau lieu de "victoire du terrorisme". Gérard Tcholakian, avocat parisien et membre du Syndicat des avocats de France (SAF), regrette déjà la fin de la convivialité. "Comment peut-on encore communiquer les uns avec les autres lorsque des accès de circulation vont être interrompus par des interphones, des lumières, des boutons ? Tout ceci va poser un certain nombre de nouvelles difficultés. On le voit à l'expérience d'un certain nombre de juridictions qui ont instauré des portes grillagées, des interphones qui font que la communication entre un avocat et un magistrat instructeur par exemple - qui est un élément important - est devenue quasiment impossible, déplore Gérard Tcholakian. 

Ces mesures de sécurités se traduisent aussi par les 1500 caméras installées, les 2000 points de détection d'intrusion.  

Dans l'ancien palais, cette vice-présidente de la 16e chambre du tribunal correctionnel, qui juge les affaires de terrorisme notamment, termine ses cartons. Deux, pas plus. C'est la règle. Isabelle Prévost-Desprez s'apprête à quitter l'ancien palais cette semaine et ses couloirs où tous se croisaient : "on était capable de croiser des gens qu'on venait de condamner. C'est vrai que la discussion sur la peine à la sortie du tribunal est un exercice peu agréable. Je pense aussi que ces espèces de sas où chacun revêt son rôle c'est aussi important avant d'aborder l'audience où le destin des uns et des autres ce jour. Donc, je pense qu'il faut faire confiance dans les gens et leur capacité à communiquer les uns avec les autres. Après c'est une question de volonté et ça appartient à chacun." 

Le nouveau tribunal de Paris est donc prêt à ouvrir ses portes dans une heure. Rappelons, toutefois que cela ne signifie pas pour autant la mort de l’ancien palais. Où restent la cour de Cassation et la cour d’appel. 

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