Quatre jours avant l'incendie qui a ravagé Notre-Dame de Paris lundi 15 avril, un important chantier avait débuté sur la flèche de la cathédrale, ravagée ce lundi. Jeudi 11 avril, France Inter avait pu accéder aux échafaudages et approcher ce qui a été réduit en cendres.

Le chantier de la flèche de Notre-Dame de Paris, le jeudi 11 avril 2019
Le chantier de la flèche de Notre-Dame de Paris, le jeudi 11 avril 2019 © Radio France / Rémi Brancato

C'est un petit voyage dans le temps que de retrouver ce chantier censé rénover la fameuse flèche disparue la nuit dernière. La semaine passée, il y cinq jours, on contournait la cathédrale et au pied d'un échafaudage, on montait dans deux ascenseurs larges installés pour les travaux.

À 50 mètres au dessus du sol, on se retrouvait face à cette flèche qui s'est effondrée, rongée par les flammes hier soir, un joyau de 1859, œuvre de l'architecte Viollet-Le-Duc. Jeudi, elle était encore debout, et devait être restaurée : les plaques de plomb qui la recouvraient devaient être retirées, fondues, posées à nouveau... Il n'en reste rien aujourd'hui. Il y a cinq jours, l'heure était encore a l'enthousiasme sur le toit de Notre-Dame.

Le chantier de la flèche de Notre-Dame de Paris, le jeudi 11 avril 2019
Le chantier de la flèche de Notre-Dame de Paris, le jeudi 11 avril 2019 © Radio France / Rémi Brancato

Philippe Villeneuve, l'architecte en chef des monuments historiques racontait cette "charpente en bois, une structure magnifique... Par contre, l'habillage en plomb est en mauvais état. La flèche a été restaurée pour la dernière fois en 1935... On espère que les travaux qu'on fait vont tenir au moins 80 ans." Des propos tenus avant l'incendie, qui résonnent étrangement ce mardi matin.

"Garder un maximum de traces du passé"

D'autant plus étrangement que les ouvriers, les spécialistes s’apprêtaient a prendre toutes les précautions du monde. À l'exact opposée de la violence des flammes, ils s’apprêtaient à travailler avec un cahier des charges bien précis, une minutie toute particulière. "Un chantier exceptionnel que tout compagnon rêve de réaliser..."

Dans les hauteurs du chantier de Notre-Dame de Paris, le jeudi 11 avril 2019
Dans les hauteurs du chantier de Notre-Dame de Paris, le jeudi 11 avril 2019 © Radio France / Rémi Brancato

"On veut garder un maximum de traces du passé", disait Julien Lebras, le patron de la société de couverture et de charpente spécialisée dans les monuments historiques, installée près de Metz. Il avait pour mission notamment de retirer le plomb de la flèche, finalement partie en fumée. Un patron enthousiaste jeudi sur l’échafaudage de Notre-Dame, sentiment qui contraste évidemment avec la tristesse de tous ce matin.

Au même moment, les Parisiens et les touristes étaient nombreux aux abords de Notre-Dame, une preuve de l'attachement du monde entier à cette cathédrale, un attachement qui n'est évidemment pas né avec cette catastrophe mais qu'elle renforce.

Le chantier de la flèche de Notre-Dame de Paris, le jeudi 11 avril 2019
Le chantier de la flèche de Notre-Dame de Paris, le jeudi 11 avril 2019 © Radio France / Rémi Brancato

Les 16 statues exilées de Notre-Dame

Quand lundi soir, des milliers de personnes massées aux abords de l’île de la Cité avaient les yeux rivés sur un toit en flammes, jeudi ces passants regardaient au même endroit pour voir les quatre évangélistes et les douze apôtres... voler. Les 16 statues ont été retirées de la flèche de la cathédrale par une grue de plus de 100 mètres pour être restaurées au sol à Périgueux. Ces 16 statues sont donc sauvées, de justesse.

Les statues rescapées de Notre-Dame de Paris, le jeudi 11 avril 2019
Les statues rescapées de Notre-Dame de Paris, le jeudi 11 avril 2019 © Radio France / Rémi Brancato

Le responsable de l'entreprise de restauration de Périgueux était aux abords de Notre-Dame lors de l'incendie : trop ému pour parler à notre micro, il nous montre les photos des 16 statues recueillies chez lui, en Dordogne dans son entrepôt. Ce sont les 16 rescapées de Notre-Dame : il devait les rendre à la cathédrale dans trois ans, en 2022, à la fin du chantier de restauration de la flèche. Ce matin, après ce terrible incendie, il ne sait pas pour combien de temps il devra leur offrir l’hospitalité. Un autre chantier doit maintenant débuter, et il faudra plusieurs années de travaux pour l'achever.

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