Cette semaine, le Conseil de Sécurité devrait créer une force de Casques Bleus pour remplacer l'Eufor au Tchad. L’Eufor, c’est la force militaire européenne, qui sécurise les populations touchées par la guerre du Darfour, au Soudan, le pays voisin. Il y a une vingtaine de jours, Bernard Kouchner, le ministre des Affaires Etrangères, s’est rendu dans la région d’Abéché, non loin de la frontière soudanaise. En mars dernier, les premiers éléments de l’EUFOR arrivaient dans l’est du Tchad. Et, tout de suite, leur simple présence s’est révélée dissuasive : les Djandjawids, venus du Darfour voisin, ont cessé leurs incursions et leurs attaques. Dans le village de Lobotike, à quatre-vingts kilomètres de la frontière soudanaise, se sont rassemblés une poignée des quelques 500.000 personnes réfugiées ou déplacées par ce conflit. C’est là que s’était rendu Bernard Kouchner pour y mesurer le travail effectué par l’Eufor et, surtout, ce qu’il reste à faire. Dans le village, on s’active : des ONG aident à creuser des puits et des instituteurs, payés par les parents, scolarisent les enfants qui font la fête au ministre. Pendant ce temps, les adultes, rassemblés au centre du village, racontent leur histoire à Bernard Kouchner : "Nous avons quitté nos villages à cause des Djandjawids qui venaient du Soudan. C’était en novembre 2006. Nous y sommes bien retournés, en mars dernier, mais c’était l’époque de la sécheresse, et nous n’avions rien pour reconstruire nos huttes - ça a été très difficile. Heureusement, on nous a fourni des bâches pour nous abriter. Ceux d’entre nous qui avaient un peu d’argent ont pu acheter des balles de paille pour remonter leurs murs, à 1€, 1€50 ; mais ce n’était pas le cas de tout le monde." Les perspectives de retour semblent bien lointaines. D’autant que, le long de la frontière, la sécurité est loin d’être assurée à 100%. C’est ce que regrette ce chef de village, venu se réfugier avec les siens à Goz Beida, non loin de la base EUFOR que tiennent aujourd’hui les soldats irlandais : "De notre village jusqu’ici, à Goz Beida, nous avons marché 160Km, avec notre famille et les ânes qui transportaient nos biens. Nous avons fui, et les Djandjawids nous ont poursuivis jusqu’à 20Km d’ici. Au-delà de cette limite, il n’y a pas de sécurité. Tout ce que nous voulons, c’est qu’il y ait la paix entre le Tchad et le Soudan, et que les Djandjawids soient désarmés. Mais tant que les conditions de sécurité ne sont pas remplies, on ne peut pas retourner chez nous." Bernard Kouchner se tourne vers le gouverneur de la région ; Toke Dadi acquiesce : c’est bien ce qu’il a envisagé, mais les villageois semblent réticents. Ce même gouverneur rappelle que la mission EUFOR a tout de même considérablement pacifié la région (interview). Comment va se faire cette transition entre l’Eufor et les casques bleus ? Un reportage d’Antoine Perruchot.

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