En autodidacte, Marielle Philip a relancé en France un savoir-faire originaire de la Sibérie Extrême Orientale et pratiqué dans les pays nordiques : le tannage de la peau de poisson. Sa démarche est éco-responsable et s'inscrit à 100% en Aquitaine, sa région d'origine.

Marielle Philip au palisson
Marielle Philip au palisson © Radio France / Sophie Becherel

Bar, sole, mulet, roussette, saumon : les poubelles des poissonniers regorgent de trésors pour Marielle Philip, jeune femme de 26 ans, fondatrice d'une jeune entreprise spécialisée dans le tannage éco-responsable des peaux de poissons. 

Chaque matin, elle passe à la criée d'Arcachon où des poissonniers lui ont déposé des filets destinés à être jetés. Il lui arrive aussi de récupérer les peaux de saumon du restaurant de sushi où elle vient parfois en cliente. 

L'important pour moi est d'avoir de bons fileteurs

explique t-elle. Autrement dit, "des poissonniers qui savent lever les filets de poisson sans abîmer la peau", sa matière première. 

Un héritage familial

C'est sa mère Monique Philip qui, involontairement l'a mise sur cette voie. Alors responsable d'une association de femmes de marins, elle a participé à plusieurs voyages financés par la Commission Européenne pour découvrir des savoir-faire dans les autres pays marins de l'Europe. En Norvège d'abord puis en Finlande, elle découvre qu'on peut tanner des peaux de poissons et en faire des objets, y compris des vêtements. Lors d'un défilé, un manteau la marque particulièrement. Une fois rentrée elle veut maîtriser la technique. Il n'y a pas de sous-produit de la mer! 

Avancer à tâtons

Ses essais dans sa cuisine ne sont pas très concluants. Mais sa fille, qui possède quelques notions de chimie, voit comment améliorer la recette.

J'aime aller au bout des choses et le résultat au début ne me convenait pas

explique t-elle. 

Alors, à tâtons, la jeune diplômée en droit de l'environnement fait ses propres essais.

On ajoute un petit peu de ceci, on retranche un peu de cela, c'est comme une recette de cuisine 

Le cabanon à la Tête de Buch
Le cabanon à la Tête de Buch © Radio France / Sophie Becherel

A force d'essais (et d'erreurs!), elle se forme. elle progresse en autodidacte (le tannage est un secret qui ne se partage pas), jusqu'à être suffisamment satisfaite pour envisager d'en faire une activité. Elle crée son entreprise en 2014, Femer. Quelques prix d'innovation plus tard, elle installe son atelier dans un cabanon à la Tête de Bush et y pratique désormais toute les étapes, à l'exception du traitement premier de la peau. Le personnel d'un Etablissement et service d'aide par le travail se charge d'ôter les écailles des poissons pour laisser apparaître la peau à nu.

Des sandales, des sacs en peau de poisson !

Marion Philip applique des règles simples : utiliser la ressource locale en particulier celle considérée sans valeur, les déchets. Travailler avec des produits de la nature (ses tanins sont végétaux et issus d'essence renouvelables de la région) et apporter une valeur ajoutée personnelle autant que régionale. C'est ainsi qu'elle créé avec une styliste, une sandale made in Aquitaine, la Pylataise, et avec un maroquinier de Limoges une collection de sacs, porte-cartes et étuis.

Le séchage par Marielle Philip
Le séchage par Marielle Philip © AFP / Nicolas Tucat

Attirée par l'aspect très graphique de la peau de poisson, elle décline à l'infini les possibilités de cette matière première originale. 

Couleurs pétillantes ou profondes, ajout de paillettes, elle renouvelle un art originaire de Sibérie Extrême orientale comme le souligne Daria Cevoli, conservatrice au Musée du Quai Branly. 

Le tannage des peaux de poissons est constitutif des peuples où le poisson est au cœur de la vie quotidienne. Dans la région du fleuve Amour, à la frontière de la Russie et de la Chine, on vit par et pour le poisson. 

Les peuples attendent le retour des migrations des grands salmonidés deux fois par an. Ils mangent le poisson, font des jouets pour les enfants avec le cartilage, réalisent des carreaux de fenêtre et bien sûr des habits. 

Commissaire scientifique de l'exposition "Esthétiques de l'amour" présentée au musée du Quai Branly en 2016, Daria Cevoli décrypte les sublimes motifs des manteaux en peau de poisson. 

Ils protégeaient celui ou celle qui le portaient avant de partir à la chasse ou à la pêche. 

La culture du poisson est intimement liée à celle de l'ours dans cette région de Sibérie extrême-orientale. 

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